Speech Stop Militarisation 14/03 – Ansje Vanbeselaere

Onze verontschuldigingen, dit bericht is alleen beschikbaar in Frans.

Bienvenue à tous, je suis Ansje Vanbeselaere, présidente d’Intal et active au sein de notre plateforme Stop Militarisation. Avec transform! Europe et la Rosa Luxemburg Stichting, nous avons organisé cette journée. Je vais vous guider aujourd’hui à travers notre session d’ouverture.

J’ai commencé à rédiger mon introduction il y a environ trois semaines. J’ai dû l’adapter presque quotidiennement. Car la guerre et la militarisation ne s’arrêtent pas. Aujourd’hui, il y a la guerre aux quatre coins du monde, et aujourd’hui, je voudrais m’arrêter un instant sur la guerre en Iran : une guerre illégale, contraire au droit international. Nos dirigeants européens soutiennent Trump dans sa guerre illégale, comme le chancelier allemand Metz, ou comme George-Louis Bouchez qui a dit que c’était « notre guerre ». Shame on them.

Cette session d’ouverture s’intitule « Qui veut la paix, prépare la paix ». Nous n’avons pas choisi ce titre par hasard. Il est une réponse directe à la Note stratégique pour la Défense. Ce document a été publié en juin dernier par le ministre de la Défense Theo Francken et portait initialement le titre : « Qui veut la paix, prépare la guerre ». Je vous recommande vivement de le feuilleter, ainsi que la National Security Strategy de Trump qui est pratiquement un plan étape par étape de ce qui se passe dans le monde.

Mais revenons à Francken : Tout ce qu’on peut lire dans ce document stratégique de la Défense confirme cette logique de préparation à la guerre : on investit massivement dans toutes sortes d’armes offensives : F-35, véhicules blindés, frégates. Nous nous préparons à la guerre – mais ce qu’ils ne disent pas, c’est que nous ne faisons pas cela parce qu’ils veulent la paix. Ils font cela pour préparer les guerres futures.

L’objectif sous-jacent est d’ancrer l’idée de militarisation dans les esprits de tous. Le message du document est que la « paix » n’existe plus et que nous sommes dans un état de guerre permanent et hybride. Tout le monde est censé soutenir la Défense comme un seul bloc, et il ne semble plus y avoir de place pour d’autres idées. Les critiques envers l’OTAN ou nos alliés ne sont pas les bienvenues. C’est le monde qui est en train d’être construit autour de nous.

Ursula von der Leyen a délivré un message similaire lundi dernier dans son discours aux diplomates de l’Union européenne : « L’Europe doit être capable de projeter sa puissance – pour dissuader, contrer et accroître notre influence. » « Project power » est la nouvelle façon de dire : faire la guerre.

Au printemps dernier, nous avons entendu parler des premiers grands pas vers la militarisation dans l’accord de Pâques du gouvernement. Il était alors question d’une augmentation des budgets militaires à 2%. Quelques mois plus tard, il y a eu le sommet de l’OTAN où Trump a fait la proposition, alors absurde, d’augmenter les budgets militaires à 5% du Produit Intérieur Brut. Oui, notre gouvernement a d’abord qualifié cela d’absurde et d’idiot, mais ils ne s’y sont pas opposés.

C’est dans ce contexte que nous avons lancé au printemps dernier la plateforme « Stop Militarisation ». C’est une large plateforme avec plus de 50 organisations signataires, allant des syndicats aux organisations de la société civile et climatiques. Nous soutenons qu’une militarisation accrue, tant des budgets que des esprits, ne nous mènera pas vers le monde que nous voulons. Nous demandons : premièrement, une société sûre : cela signifie pas d’augmentation des dépenses militaires ; deuxièmement, la diplomatie, la désescalade et des garanties de sécurité mutuelles ; troisièmement, le retrait des armes nucléaires de Belgique ; et quatrièmement, une culture de la sécurité, pas une culture militariste.

Nous avons lancé cette plateforme parce que les défis sont énormes : pour les travailleurs, pour la jeunesse, pour les gens ordinaires. Nous avons besoin d’un large mouvement contre la guerre et la militarisation. Et c’est pourquoi nous organisons cette journée comme un début.

Et encore une fois, ce n’est pas un hasard si nous sommes réunis aujourd’hui. De l’autre côté de Bruxelles se tient aujourd’hui la première édition de Bedex, un salon de la guerre, une exposition d’armes. Et avant-hier, lorsque nous étions plus de 100 000 dans la rue contre les coupes dans nos pensions, les trois mousquetaires de la militarisation – Mark Rutte, Theo Francken et Bart De Wever – étaient sur la scène principale de cet événement. Car la ministre de la Défense veut mettre Bruxelles sur la carte comme Cannes, mais pour la militarisation. Eux tiennent un salon de la guerre, nous, un salon de la paix. Aujourd’hui est donc une journée pour parler de ce qui nous unit, mais aussi des sujets plus difficiles qui rendent parfois nos rencontres et notre coopération compliquées. Nous voulons vous donner des arguments pour engager la discussion avec les personnes autour de vous. Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons résister à cette militarisation.

Ces derniers mois, semaines, jours, il s’est passé énormément de choses. La militarisation s’accélère. L’Allemagne est un exemple effrayant de ce qui nous attend dans les deux prochaines années : le chancelier Merz a déclaré que l’Allemagne, avec son plan d’investissement militaire à grande échelle, veut devenir la plus grande puissance militaire d’Europe. Un général belge annonce déjà qu’une forme de service militaire obligatoire va bientôt revenir. Et cette vague de militarisation entraîne une restriction des droits civiques. Les subventions aux universités sont réorientées vers la recherche militaire. Les voix critiques ne sont pas les bienvenues. Chaque soir, on voit un général à la télévision. Aux écoles, les élèves peuvent désormais suivre la filière Défense & Sécurité. Tous les étudiants en médecine devront apprendre la médecine de guerre. Le code pénal a été modifié pour permettre le déploiement de militaires dans les rues, et les subventions aux organisations de paix sont injustement supprimées.

De la note stratégique de Francken et de diverses interviews, il ressort que la préparation à la guerre ne vise pas en premier lieu à faire face à une menace territoriale. Elle vise à préserver et étendre notre influence, dans des guerres pour l’influence et les matières premières. De Wever l’a dit dans son discours à Bedex : la Belgique doit, par la militarisation, rester pertinente sur le plan géopolitique. Francken ne pourrait être plus clair : il veut intensifier les efforts pour sécuriser les matières premières au Congo, et il est partant pour une nouvelle « Scramble for Africa ». Voilà pourquoi ils se préparent à la guerre, et non à la paix.

C’est pour ces guerres dans d’autres pays que les investissements militaires sont augmentés de 34 milliards dans les prochaines années. Alors que partout ailleurs, on économise des milliards : dans les soins de santé, les pensions, l’enseignement. Un exemple concret : le plan Grand Froid permettait aux sans-abri de ne pas dormir dans la rue pendant l’hiver ; le gouvernement fédéral a supprimé ce budget. Le montant ainsi économisé à Bruxelles ne représente qu’un sixième du prix d’un seul casque de pilote F-35. C’est le choix que fait le gouvernement Arizona.

Nous aussi, nous sommes face à un choix – un choix crucial pour nos vies et pour l’avenir. Vous sentez le monde autour de vous changer. Cette impression qu’il y a chaque semaine une nouvelle qui bouleverse le monde. Palestine, Congo, Soudan, Ukraine, Venezuela, Syrie, Cuba, Liban, Iran. Les enjeux sont énormes. La manière dont nous nous préparons maintenant, dont nous nous rassemblons ici et dont nous nous renforçons, déterminera l’avenir du mouvement pour la paix en Belgique.

Beaucoup ici sont en désaccord avec le choix transatlantique de Theo Francken : il veut militariser sans frein en fonction des États-Unis, dans le contexte de l’OTAN, continuer sagement à acheter leurs armes, et les suivre dans leur agression militaire, par exemple contre l’Iran. Mais on entend aussi des alternatives à ce choix transatlantique : un choix européen. Certains plaident pour une Europe qui se démarque des États-Unis mais qui s’arme lourdement elle-même.

Ursula von der Leyen l’a dit très fièrement lundi dernier : « Nous avons fait plus pour la défense au cours de la dernière année qu’au cours des décennies précédentes. Nous avons lancé une augmentation des dépenses de défense – jusqu’à 800 milliards d’euros d’ici 2030. » Avec ces 800 milliards, elle fait référence au plan « Rearm Europe » ou « Readiness 2030 » comme nouveau nom – c’est le plan pour investir massivement dans la militarisation pour l’autonomie stratégique. Tout son discours est une ode à faire de l’Europe un empire, qui conquiert le monde. Une Europe soi-disant indépendante et armée est pour nous une copie européenne des États-Unis actuels de Trump, un empire guerrier.

Tant que nous nous accrochons à la militarisation, nous servons la même logique. Que ces armes soient « Made in USA » ou « Made in Europe », elles seront toujours utilisées pour imposer des sphères d’influence et mener des guerres pour les ressources naturelles dans les pays du Sud global. Nous créons ainsi seulement une Europe qui continue de faire tourner la machine de guerre.

Nous avons besoin d’une autre Europe, qui serve les besoins des gens et non ceux des profiteurs de guerre : Nous voulons coopérer avec les pays du Sud global, en tant que partenaire équitable, pas comme des pilleurs de leurs richesses. Nous voulons une sécurité collective. Une sécurité qui signifie que vous avez des droits, que vous avez de la nourriture et un logement, et un avenir pour nos enfants qui ne se résume pas uniquement à l’armée.

Nous voulons construire la paix. Les conditions en sont claires : sécurité collective, inclusion plutôt qu’exclusion, coopération avec les pays du Sud global, et diplomatie.

C’est pourquoi nous sommes ici. C’est pourquoi nous construisons la paix. Merci.

Speech Stop Militarisation 14/03 – Ansje Vanbeselaere
Scroll to top