Restitution des restes humains par l’ULB grâce au mouvement décolonial

Ce 15 octobre, l’Université libre de Bruxelles (ULB) s’est enfin engagée à restituer des restes humains issus de la période coloniale à l’Université de Lubumbashi au Congo.

Nous soulignons que cette décision de l’ULB a été prise à la suite d’un mouvement décolonial sur la restitution des biens culturels et des restes humains. Ce mouvement est mené depuis des années par une série d’associations de terrain, dont intal. Son ampleur dans le débat en Belgique s’est accrue avec la mise en place de la Commission sur le passé colonial.

Nous estimons que cette décision est un pas en avant dans le cadre du processus de décolonisation entamé en Belgique. C’est également une victoire du mouvement décolonial. En effet, il ne fait aucun doute que, sans la pression des associations de terrain, les autorités de l’ULB continueraient à s’accaparer ces restes humains volés durant la période coloniale. Le Vice-recteur de l’Université libre de Bruxelles lui-même le reconnaît : « Les débats qui ont lieu actuellement dans nos sociétés sur les restitutions des biens culturels et des restes humains doivent être pris en compte. »

Des corps et parties de corps de Congolais ont été volés par les autorités belges coloniales, principalement par des militaires. Tout cela a été extorqué par la violence physique durant la guerre de conquête coloniale. Des scientifiques de l’ULB n’ont pas hésité à utiliser des crânes humains pour se livrer à des analyses et des comparaisons. Leur objectif était de nourrir l’idéologie raciste reposant sur la prétendue infériorité des Noirs et sur une tout aussi prétendue supériorité des Blancs. Ces recherches raciales avaient pour but de justifier les massacres et l’exploitation du système colonial belge au Congo et de faire adhérer l’opinion publique à ce système. Cet imaginaire du Noir « inférieur » est encore très utilisé aujourd’hui dans la pensée dominante occidentale. C’est tout particulièrement le cas quand il s’agit d’attribuer le manque de développement des pays d’Afrique aux dirigeants et à la population, niant de cette façon l’exploitation et le pillage des ressources du continent par l’impérialisme.

Bien que la remise d’une dizaine de crânes par l’ULB à l’Université de Lubumbashi constitue en soi une avancée, les autorités de l’ULB ne reconnaissent à aucun moment que ceux-ci proviennent d’une extorsion résultant d’une violence inouïe en vue de se livrer à une étude raciale. Lors d’un colloque organisé en 2018 sur ce sujet, l’ULB parle de « collections scientifiques pour la recherche et l’enseignement. Parmi celles-ci, certaines pièces furent récupérées ou acquises lors des premières étapes de la colonisation du Congo, dans le contexte du développement de l’anthropologie raciale. »[1]

Intal estime que les autorités de l’ULB doivent assumer leur passé colonial en reconnaissant la violence utilisée pour que ses restes humains soient en leur possession. Nous pensons également que ces autorités doivent admettre l’objectif raciste de ses études. Par ailleurs, à notre sens, il serait plus qu’opportun d’instaurer au sein de l’Université un enseignement portant sur ces recherches raciales. Ce serait une avancée supplémentaire dans le processus de décolonisation du monde académique et donc de la société.

[1] https://actus.ulb.be/fr/actus/institution-et-engagements/lulb-sengage-dans-la-restitution-de-restes-humains-issus-de-la-periode-coloniale

 

Restitution des restes humains par l’ULB grâce au mouvement décolonial
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