Les accords de libre-échange et les monocultures : instrument du néocolonialisme ?

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Auteur : Heidy Andrea Perez

L’huile de palme est l’huile végétale aujourd’hui la plus produite et consommée au monde. On prévoyait pour 2019 une production de 72millions de tonnes (1). Environ 19 millions d’hectares. Elle est présente dans de nombreux produits, sans que nous les sachions nécessairement, tels que ; l’alimentation, les cosmétiques, certains médicaments, les produits de nettoyage et depuis peu de temps dans la production de l’agro carburant.

La demande européenne en huile de palme est très importante (6,5 millions de tonnes en 2016), ce qui en fait le deuxième importateur mondial et le troisième consommateur mondial (derrière l’Indonésie et l’Inde).

La Belgique joue également un rôle important dans le commerce de l’huile de palme. Elle est le cinquième pays importateur européen, et le deuxième importateur par habitant (derrière les Pays-Bas) ce qui fait d’elle le deuxième plus grand consommateur au niveau européen 2. Le Belge consomme en moyenne 40 kg d’huile de palme par an 3.

La croissance de la demande en huile de palme est due, en partie, au fait que les multinationales agroalimentaires, les chaînes de restaurants et les supermarchés dans le sud commencent à s’implanter d’une manière très rapide, ce qui augmente la consommation d’aliments transformés et donc une augmentation de la consommation des graisses. On estime qu’un aliment sur deux dans les supermarchés contient de l’huile de palme.

L’augmentation de la consommation de l’huile de palme est également générée par les politiques de l’Union Européenne qui encourage la consommation d’agro-carburants afin de répondre aux objectifs climatiques des pays européens : les agro-carburants sont présentés aux citoyens comme source “d’énergie renouvelable”.

Les accords de libre-échange et le développement des différentes monocultures développent une économie colonisatrice qui met au-dessus les intérêts des grands capitaux financiers qui, pour obtenir le maximum du profit soumettent les pays du sud a développer une économie de sous-traitance qui ne protège pas l’environnement, les conditions des travail, la souveraineté alimentaire et met en péril la santé des populations, génère des expropriations de terres où, le plus souvent, vivent des communautés indigènes, paysannes… qui jadis vivaient avec une agriculture d’autosuffisance et autonome. Ainsi, par exemple, en Inde au début des années 90 le gouvernement a eu recours à des restrictions sur les importations et à des programmes gouvernementaux pour maintenir l’autosuffisance nationale en matière de production d’huile végétale.

La transformation locale des huiles a aussi permis la création de milliers d’emploi dans ce pays, « cependant en 1994, sous la pression de la banque mondiale et dans le cadre de ses obligations vis-à-vis de l’OMC, l’Inde a commencé à supprimer les restrictions sur les importations d’huile végétale. Les pays ont été immédiatement submergés par l’huile de palme importée tandis que la production des oléagineux traditionnelle a fondu et aujourd’hui, c’est le plus grand importateur d’huile de palme dans le monde » 4.

En Afrique, la production et la transformation se faisaient surtout à petite échelle entre les mains de paysans, surtout des femmes. Cette situation commence à changer radicalement, car il y existe aujourd’hui de grandes difficultés à acheter des terres en Indonésie et Malaisie, qui sont déjà envahies par les cultures d’huile de palme. C’est pour cette raison que maintenant ces entreprises se tournent vers l’Afrique comme le nouvel eldorado à conquérir pour produire une huile de palme bon marché destinée à l’exportation. Cette production est financée en partie par la Banque mondiale à travers de la corporation financière internationale.

La situation dans ce continent ne se résume pas à un problème foncier il s’agit d’une lutte plus globale qui porte sur le système alimentaire et le modèle de développement.

En Colombie les accords de libre-échange ont favorisé l’importation des semences et des pesticides et également l’importation des produits agricoles bon marché, ce qui a ruiné les paysans, car ceux-ci ne pouvaient pas concurrencer face aux prix imposés par les pays avec qui les traités ont été signés.
Le comble de cette situation c’est que les paysans se voient obligés d’abandonner leurs traditions agricoles et sont obligés d’acheter des semences telle que MONSANTO, BAYER, semences qui sont génétiquement modifiées et qui ne peuvent être utilisées que pour une seule récolte, cela engendre donc la disparition des semences naturelles.

A tout ceci s’ajoute l’absence totale de subsides et d’aides de l’État. Cette situation pousse les paysans ruinés à se détourner vers les cultures illicites telles que la feuille de coca et le cannabis comme seule alternative de subsistance. « Dans ce contexte, la palme à l’huile est présentée comme une culture rentable, compétitive et qui permet de remplacer les cultures illicites (USAID) L’Agence des États-Unis pour le développement International » 5

Des agences internationales telle que l’USAID et la Banque mondiale avec leur « plan Colombie » qui se présentait comme un plan de lutte contre la drogue s’est avérée être un plan expansionniste qui par après a continué dans toute l’Amérique latine.

Laboratoires de paix ou libéralisation ?

Les « laboratoires de paix » proposés par l’Union Européenne, se présentaient comme une aide financière pour contribuer à la paix dans le pays et apporter une aide dans la coopération au développement, mais en réalité c’était un projet qui cherchait à appliquer l’ouverture économique des régions paysannes. Dès lors, promouvoir les monocultures, telles que l’huile de palme avec l’appui inconditionnel du gouvernement colombien mènent à la privatisation des terres et par conséquent à la perte de la souveraineté alimentaire, aux déplacements forcés des communautés et donc à la guerre.

Le plan Colombie des USA et les laboratoires de paix de l’UE ne sont que deux faces de la même monnaie, Les TLC. Ces 2 projets ont bel et bien ouvert le chemin à l’application des traités basés sur la domination, l’expansionnisme et la soumission aux règles du marché et malheureusement nous constatons aujourd’hui qu’ils n’ont contribué ni à la paix ni à une stabilité économique et sociale des communautés comme cela avait été annoncé.

Pour contrecarrer ce système asymétrique et inégal les paysans s’organisent pour résister face à ce modèle de domination et d’exploitation qui les entraîne dans la misère et en réponse, ils subissent la criminalisation de la lutte paysanne de la part de l’état colombien, et les assassinats de ceux qui défendent leur souveraineté alimentaire… 6

Sources:
(1) Willagri 28 février 2019
(2) https://www.cncd.be/huile-palme
(3) https://www.7sur7.be/manger/l-huile-de-palme-consommee-en-belgique-loin-d-etre-100-durable~a6c941d0/
(4) Planète huile de palme : Les paysans paient le prix fort pour l’huile végétale bon marché. Grain, septembre 2014
(5) Los monocultivos que conquistaron el mundo Nazaret castro, Aurora moreno y Laura Villadiego. PG 161
(6) https://www.youtube.com/watch?v=TkQ8U2kHAbI&feature=youtu.be9.70 Documentaire de Victoria Solano sur la destruction des semences naturelles de riz.

 

Les accords de libre-échange et les monocultures : instrument du néocolonialisme ?
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