Discours Stijn Gryp | Stop Militarisation | 14.03 Bruxelles

Stijn Gryp, secrétaire général national de la CSC, a prononcé un discours lors de la session de clôture de la conférence « Stop militarisation », qui a eu lieu le 14 mars 2026 à Bruxelles.

Merci chaleureusement pour l’organisation de cette conférence. L’organisation de cette conférence dans la maison de la CSC Bruxelles. Et nous sommes heureux que vous vouliez organiser cette conférence ici. Parce qu’en ces temps où l’appel à la militarisation résonne de plus en plus fort, de manière de plus en plus unilatérale, mais aussi malheureusement de manière de plus en plus évidente, les voix discordantes comme celles-ci sont cruciales, très importantes. Vous y veillez aujourd’hui, mais aussi à d’autres moments. Nous avons vu tout à l’heure dans l’extrait vidéo qu’il y a de l’espace. De l’espace reste pour des questions critiques, pour le doute, mais aussi et surtout pour des alternatives. Et pour cela, chers amis, vous avez le plein soutien de la CSC. Merci de faire cela. Et nous continuons à apporter le plein soutien de la CSC à ces initiatives et à vos oppositions.

Ces derniers jours, vous n’avez pas pu passer à côté dans les médias. Comment certains politiciens créent délibérément un sentiment de peur chez les gens. Comment ils dépeignent un monde dans lequel la militarisation est présentée comme la seule réaction possible aux tensions internationales. Et comment les gens se retrouvent ainsi avec la peur de l’avenir alors que d’autres en profitent sans vergogne. La peur n’est pas ainsi un problème que nous devons traiter, mais un instrument pour imposer des choix politiques et budgétaires. Et cela sans aucun débat de société sur la nécessité de ces choix. Et c’est pourquoi votre voix discordante est si importante. Chers amis, le débat sur la militarisation est aujourd’hui bien trop souvent réduit à un débat, oui, qui porte uniquement sur la sécurité. Comme si ces choix étaient déconnectés de ce qu’ils signifient pour les travailleurs.

Or ces choix soient déconnectés de la sécurité sociale, de notre sécurité sociale, de nos services publics et déconnectés de la société que nous avons construite tous ensemble. Car lorsque les gouvernements décident de transférer massivement de l’argent vers la défense, vers quoi, vers des engins de guerre, alors cet argent ne tombe évidemment pas du ciel. Je ne devrais pas vraiment raconter cela ici. Cet argent doit venir de quelque part et il vient de la même caisse d’où sont également payés notre sécurité sociale, nos écoles et nos services publics. Et c’est précisément pour cela, chers amis, que la lutte pour la paix est aussi la lutte sociale. C’est précisément pour cela que cette lutte, que votre lutte est aussi une lutte de la CSC. Une lutte des syndicats qui défendent les travailleurs, qui défendent leur avenir.
Et les normes de l’OTAN de 5 %? Nous pouvons peut-être nous arrêter un instant sur le produit intérieur brut avec lequel on jongle avec ces normes.

Cela semble abstrait mais derrière ces pourcentages se cachent des choix difficiles. Des choix,  qui reviennent à dire que pour la Belgique ces 5 % correspondent à un budget militaire de plus de 30 milliards d’euros par an. Cela signifie qu’année après année, des milliards supplémentaires, des milliards et des milliards supplémentaires sont investis dans des engins de guerre. C’est environ le même montant que le gouvernement fédéral actuel cherchait pour mettre le budget en ordre. Chers amis, mais alors pas étalé sur une législature entière. Non, mais chaque année à nouveau ce montant que l’on veut engager pour des armes et pour des engins de guerre. Et ces économies, elles se font surtout sur le dos des travailleurs, sur le dos des citoyens ordinaires. Ils le sentent déjà maintenant dans leur portefeuille, dans leur pension, dans leur protection sociale et dans la qualité aussi des services publics. Et vous avez tous vu la colère cette semaine encore de plus de 100 000 personnes ici dans les rues de Bruxelles.

La colère aussi parce qu’on fait des économies sur eux, qu’on fait des économies sur les pensions, qu’on fait des économies sur toutes les choses qui sont importantes pour eux, mais pas sur les engins militaires et sur d’autres choses. Et alors dans cette situation, il y aurait soudainement de la place pour un bond gigantesque des dépenses militaires. La CSC dit que c’est de la pure folie, la CSC dit aussi que ce sont des choix politiques et que d’autres choix peuvent aussi être faits.

Mais bien sûr nous savons qui en profite. Si nous regardons les achats d’armes des pays de l’OTAN européens ces dernières années, nous voyons que presque les deux tiers de ceux-ci ont été faits aux États-Unis. Une grande partie de nos ressources publiques vont donc disparaître dans les caisses de l’industrie de l’armement internationale, mais surtout américaine. Ces 5 %, ils sortent bien sûr du chapeau de la Maison Blanche qui compte aussi sur une grande partie de ces milliards militaires.

Et les armes doivent naturellement être rentables, doivent naturellement fonctionner, car sinon ils ne peuvent pas fabriquer de nouvelles armes et commencer une guerre par intérêt personnel pour stimuler leur propre économie. Nous avons vu cette semaine, la semaine passée que c’est encore toujours la dure réalité, la réalité amère du monde que nous connaissons aujourd’hui. Maintenant pour la CSC c’est clair : les travailleurs n’ont aucun intérêt à une course aux armements. Et d’ailleurs notre industrie et notre économie n’y ont pas non plus d’intérêt. Mais je vais aussi être clair, il n’est pas non plus toujours évident de convaincre les travailleurs qu’ils n’ont aucun intérêt à un investissement massif dans les armes et autres engins de guerre. Chez nous aussi, dans notre syndicat, c’est une discussion. Cela se passe aussi parfois difficilement. Nous ne devons pas l’enjoliver. Nous pouvons aussi être honnêtes là-dessus. Mais nous devons continuer à faire comprendre aux travailleurs qu’une course aux armements ne rendra finalement pas la vie plus sûre.

Au contraire, une course aux armements détourne notre attention de ce qui rend notre société forte. Elle détourne l’attention d’autres défis immenses. Pensez par exemple au dérèglement climatique et à ce que nous allons devoir faire par rapport à cela. Mais cette énorme catastrophe du changement climatique devient de plus en plus invisible. Alors que ce changement climatique a un impact de plus en plus rapide et, oui, profond sur notre société et sur notre vie quotidienne aussi ici dans notre pays en Belgique. Mais les gens qui tracent les lignes n’y prêtent pas attention. Ils nient eux-mêmes encore cette amère réalité et bien sûr c’est une honte. Les travailleurs et les entreprises n’ont donc aucun avantage, aucun intérêt à une course aux armements. Ils ont intérêt à la paix. Avec de mauvais investissements qui misent unilatéralement sur le renforcement de la défense et qui laissent les autres — et vous les connaissez : démocratie, diplomatie, développement — pour impuissants ensemble, la population est frappée plusieurs fois.

La protection sociale et la sécurité sociale sont démantelées. Pour le climat, on ne fait rien du tout. Et finalement ce sont toujours les gens ordinaires. Finalement ce sont toujours les travailleurs qui, dans un conflit armé comme une guerre, paient le prix le plus élevé.

Chers amis, les choix auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui ne sont pas seulement militaires, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire. Ce sont des choix de société. Ce sont des choix fondamentaux. C’est pourquoi nous avons, en tant que société civile, un rôle énormément important à jouer. C’est pourquoi il est essentiel que le mouvement pour la paix et les syndicats se retrouvent ici aujourd’hui. C’est là que nous trouvons aussi si important d’exprimer ici ce soutien envers vous, afin que la lutte pour la paix et la lutte sociale ne fassent qu’une et resteront toujours une seule et même lutte. Car la paix et la justice sociale vont pour nous de pair. Merci beaucoup.

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