Les prisons en Colombie une “bombe à retardement” par temps du COVID 19 Interview avec Ivan cépeda et Jhon León

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La situation des prisonniers politiques en Colombie est dramatique, suite à la surpopulation, existant mais aussi, suite aux conditions de vie qui leur ont été imposée telles que : le manque d’accès aux services de santé et de l’eau entre autres. Dans ces conditions le Coronavirus à bien mit en lumière les disfonctionnements des prisons Colombiennes. Afin de mieux comprendre la situation vécue par les prisonniers nous avons Décidé d’interviewer Monsieur Ivan Cepeda (défenseur des droits humains et Sénateur du polo Démocratique), et John León (avocat membre de l’organisation Solidaridad Juridico) et défenseur des prisonniers Politiques.

Auteur: Heidy Andrea pérez

 Andrea pérez: Quelle est la situation actuelle dans les prisons en Colombie ?

Sénateur Ivan Cepeda. La prison est plutôt un mécanisme pour contrôler la délinquance provoquée par la pauvreté, l’iniquité et les inégalités sociales. Les grands criminels ne sont pas en prison, les grands délits en Colombie ont un taux d’impunité de l’ordre de 98, 99%, cela est aussi le cas pour les crimes contre l’humanité.
En ce qui concerne les classes sociales, on trouve dans les prisons une grande majorité de personnes appartenant aux couches socio-économiques les plus basses, il s’agît de la classe moyenne-basse ainsi que les strates une et deux. La prison se transforme en un outil de répression qui cherche à étouffer les conflits sociaux et qui fonctionne sous le principe qu’il s’agît d’un système dans lequel la torture et la souffrance de l’être humain sont utilisées comme punition, conception du droit pénal occidental qui est un droit punitif. De ce point de vue, la prison ne devient pas une instance de resocialisation mais bien une instance de reproduction sociale du crime.
Les prisons sont évidemment faites pour qu’il n’y ait aucune sorte de droits ni de possibilités de s’occuper des besoins élémentaires. Dès lors, étant donné que la conception de ce droit punitif n’a cessé de grandir, les peines se font de plus en plus lourdes et provoquent ainsi une croissance exponentielle du nombre de personnes privées de liberté : à ce jour,     124 000 personnes dans l’ensemble du territoire.

 A.P. Pourriez- vous m’expliquer ce qu’est le Mouvement Carcéral National ?

 I.C. Dans les prisons est apparu un mouvement carcéral national qui est présent dans presque toutes les prisons, constitué par des prisonniers politiques et des criminels du droit commun qui exigent ce qui doit être exigé en ce moment : un traitement humain, un accès à l’eau, à un service de santé, une meilleure alimentation, un nombre minimum de tâches qui leur permettrait d’occuper leur temps de manière utile en prison.

Rien de tout cela n’a été écouté ni résolu. Ainsi, toutes ces pétitions se sont accumulées au fur et à mesure. Pour une prison de 8000 reclus on compte deux médecins et deux infirmières, le week-end, un médecin et une infirmière.
Face à la grave situation d’entassement dans les prisons, au manque d’hygiène et de services de santé adéquats pour faire face au Covid-19 : les défenseurs de droits humains, les organisations qui accompagnent les prisons ainsi que le mouvement carcéral, tirons la sonnette d’alarme et faisons appel au Gouvernement parce que nous avons vu venir ce qui allait arriver. Le 21 mars 2020, l’inaction de l’État par rapport aux pétitions du Mouvement Carcéral National a conduit à une émeute de prisonniers dans la prison Modelo de Bogota qui s’est soldée par 23 prisonniers décédés et plus de 90 blessés.
Le Gouvernement et le Parquet ont accusé les prisonniers en disant que cette émeute était simplement le résultat d’une tentative de fugue organisée par d’anciens guérilleros.

A.P. Combien dénombre-t-on de cas de Covid-19 dans les prisons actuellement ?

Dans la prison de Villavicencio, capitale du département du Meta, il y en a 886, et ce ne sont pas uniquement des prisonniers, il y a également des gardiens infectés et on parle déjà de 8 autres prisons où il y aurait des foyers de coronavirus. Selon l’INPEC à la date du 13 JUIN 2020, ils annoncent la contamination de COVID 19  dans les prisons Colombienne s’élever à 1296 cas, 134 récupérations et quatre décès. Il est évident que cela va mal se terminer puisque le gouvernement n’a pas pris les mesures indispensables et nécessaires pour éviter la contagion.

Interview avec Maitre John León

A.P. Quelles sont les possibilités pour les prisonniers politiques de bénéficier d’un élargissement et quelles sont les mesures qui ont été prises ? Comment vivent-ils le Covid-19 ? Que se passe-t-il avec eux en ce moment avec toutes ces émeutes dans les prisons ?

John Léon- Avocat défenseur de prisonniers politiques. Il faut avoir à l’esprit qu’un jour après les faits du 21 mars, où 23 personnes ont été pitoyablement assassinées à la prison la Modelo, la première décision des autorités pénitentiaires, sous la direction du ministère de la Justice , a été de transférer les prisonniers politiques de la prison où ils se trouvaient à une prison éloignée, entre autres pour maintenir l’isolement et couper la communication, mais ceci a été fait de manière arbitraire, sans aucune raison, sans investigations, en les rendant responsables du transfert alors même qu’il n’y a pas de prisonniers politiques en tant que tel dans la prison de la Modelo, mais ils ont été transférés d’une prison à l’autre violant ainsi les règlements et les recommandations qui implique que logiquement , étant donné les circonstances sanitaires, tout transfert devrait être suspendu. Cela a eu pour effet la propagation du virus dans toutes les prisons où les transferts ont eu lieu. D’un autre côté, le gouvernement national a décrété une nouvelle loi, loi 546, qui devrait garantir un processus de libération. Ce décret est le résultat d’une discussion qui a surgi à la suite des événements à la prison de la Modelo.

Dans les prisons les transferts s’effectuent sous une modalité discrétionnaire mais surtout disciplinaire, il s’agît de transférer les prisonniers politiques de la prison où ils se trouvent à une prison éloignée, entre autres pour maintenir l’isolement et couper la communication.

Dans le cas des prisonniers politiques, ce décret a une connotation bien particulière en ce sens qu’il stipule expressément que sont exclues les personnes poursuivies pour des faits en relation avec le conflit. La suspension transitoire de la privation de la liberté leur est interdite, le texte l’indique ainsi de manière explicite dans son article 6. Dès lors cela implique simplement que les personnes qui ont été privées de liberté pour des faits relatifs au conflit ne sont pas couvertes par ce décret.

Le décret en question expose une série de développements normatifs qui empêchent un nombre important de peines ou de délits d’accéder à la substitution temporaire d’assignation à résidence.
Les prisonniers politiques sont les hommes et les femmes qui appartiennent à l’Ejercito de Liberación Nacional (NDT. Guérilla encore en activité), les leaders sociaux mais aussi les victimes de montages judiciaires ainsi que les signataires des accords de paix.
La loi d’armistice n’a pas été appliquée pour eux.
Les familles des prisonniers politiques se retrouvent dans une situation d’angoisse permanente étant donné que ce sont des personnes qui subissent ces transferts arbitraires alors qu’elles devraient déjà être en liberté.
D’après le Gouvernement, 4000 prisonniers pourraient être bénéficiés par ce décret, ce qui entrainerait dans le meilleur des cas une diminution de la surpopulation carcérale de l’ordre de 2%. Dans la pratique donc, il n’aura pas un impact réel sur la problématique de la surpopulation carcérale.

En réponse à cette situation ont lieu aujourd’hui, dans différentes prisons en Colombie, des journées de mobilisation, de désobéissance pacifique, de protestation pacifique dans l’espoir que le Gouvernement adopte véritablement les mesures qui s’imposent pour garantir la vie et l’intégrité des prisonniers en Colombie, répondant ainsi aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé et de l’Organisation des États d’Amérique qui en plus conseillent une mise en liberté qui garantisse la vie des individus.

A.P. En ce qui concerne les femmes emprisonnées, comment vivent-elles cette situation ? Que se passe-t-il avec celles qui ont des enfants ou qui sont enceinte ?

J.L. des demandes qui a été faite et le décret en tient compte d’une certaine manière, est que trois conditions minimales sont une revendication élémentaire. Ces revendications doivent garantir une libération immédiate à au moins trois secteurs de la population carcérale : les femmes qui ont un ménage à charge, les mères qui allaitent ou qui sont enceinte, les femmes qui ont plus de 60 ans car elles sont une population à risque ainsi que les personnes atteintes de maladies terminales, de diabète ou de maladies respiratoires.

A.P. Les prisonnières politiques ont-t-elles le droit d’accéder à cette élargissement où cela reste le même reglamentation pour tous?

J.L. Il s’agît là d’un des vides juridiques qui restent, c’est-à-dire que peu importe si aujourd’hui nous avons une prisonnière politique du troisième âge et qui en plus de cela est atteinte d’une maladie à risque, elle ne pourrait pas en bénéficier puisqu’il est explicitement exclu de par les faits qui lui sont reprochés qui sont en relation avec le conflit, donc, même s’il réunit les conditions de type humanitaire pour un élargissement, dans ce cas précis il n’aurait pas droit à l’assignation à résidence. Une mère qui allaite ou une femme de 60 ans ne pourraient pas non plus bénéficier de ces droits si elles sont prisonnières politiques.

A.P. L’eau est coupée dans les prisons, pour quelle raison ?

J.L. La problématique de l’eau est un sujet qui s’étend à presque toutes les prisons, il y a des restrictions dans la distribution de l’eau mais aussi de l’électricité. Justement, ces derniers jours depuis la prison de Combita on nous a annoncé que l’eau est disponible une heure dans la journée et que le reste du temps il n’y a pas d’eau et il n’y a aucune infrastructure pour garantir l’hygiène dans les toilettes et autres. Si les familles sont proches, ils doivent leur faire parvenir des seaux pour qu’ils puissent la stocker et bien-sûr, dans les cas où cela est possible.
Les tarifs à la minute pour les appels téléphoniques sont plus élevés que d’habitude. Cela fait déjà deux mois et demi que les visites de la famille ont été suspendues à cause du virus, ce qui devrait garantir au moins la communication avec leurs êtres chers malgré l’incarcération.

Il existe plusieurs vidéos ainsi que des plaintes de la part de différents travailleurs pénitentiaires qui rendent responsable le Gouvernement car il n’y a pas de dotation minimale ni même le matériel nécessaire à la sécurité qui permette de travailler dans les conditions nécessaires : il n’y a pas de masques, de désinfectant, de produits pour l’entretien… Les travailleurs doivent se les procurer eux mêmes, les gardiens achètent ainsi avec leur salaire le matériel qui leur garantisse des conditions minimales de sécurité.

 

Traduit par:  Camilo Pérez 

photo de: John León

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