Une politique climatique ne peut exister sans une politique de paix

Climat, paix et anti-impérialisme

Selon certaines estimations, une heure de vol d’un avion militaire F-35 équivaudrait à un rejet de CO2 de 5 voitures durant un an. Cela n’a cependant pas empêché le gouvernement belge de décider l’acquisition de 34 d’entre eux. Et la catastrophe survenue en juillet dans notre pays n’a entraîné aucun questionnement, ni aucune réflexion. Pourtant, aux Etats-Unis, dans les milieux militaires, les bouleversements climatiques sont bel et bien pris en compte. Ils constituent même « une menace croissante pour la sécurité et les objectifs de défense US ». Il faut dire qu’en matière de contribution écologique, le Pentagone a un bagage important : il patronne à travers le monde 800 bases militaires qui ne lésinent pas concernant l’usage d’énergies fossiles, notamment pour leurs avions, au point de polluer comme 140 pays. Pourtant, aux USA mêmes, certaines régions doivent faire face à d’importants incendies de forêts. Quant à l’industrie européenne de l’armement, elle est responsable d’un niveau annuel d’émissions de CO2 qui équivaut à celui de 14 millions d’automobiles.

En pleine conférence de Glasgow sur le climat (COP26), ces constats amènent à s’interroger sur le rôle du secteur militaire dans le changement climatique. Il est urgent d’évaluer et de cerner ce rôle. Or il demeure un sujet tabou: l’impact de la guerre et de l’industrie de la guerre sur le changement climatique.

Suite aux demandes de dernière minute formulées par le gouvernement des Etats-Unis lors de la négociation du traité de Kyoto en 1997, les émissions militaires de gaz à effet de serre ont été exclues des négociations sur le climat. Cette tradition s’est poursuivie. L’OTAN a reconnu le problème mais n’a pas créé d’exigences spécifiques pour le résoudre.

L’Accord de Paris de 2015 (COP21) laisse aux gouvernements le soin de décider s’il faut ou non assigner un objectif de réduction à leurs forces armées. Or, nous n’avons aucune confiance dans la volonté du secteur militaro-industriel à fournir des efforts de réduction.

Droit à la transparence

Il n’y a aucune base raisonnable pour cette lacune. La guerre et les préparatifs de guerre sont d’importants émetteurs de gaz à effet de serre. Toutes les émissions de gaz à effet de serre doivent être incluses dans les normes obligatoires de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il ne doit plus y avoir d’exception pour la pollution militaire.

Nous demandons à la Conférence de l’ONU sur les changements climatiques (COP26) :

  • de fixer des limites strictes d’émissions de gaz à effet de serre qui ne fassent pas d’exception pour le militaire,
  • qui incluent des exigences de rapport transparent et une vérification indépendante,
  • et qui ne s’appuient pas sur des systèmes de « compensation » des émissions. Les émissions de gaz à effet de serre des bases militaires d’un pays à l’étranger doivent être entièrement déclarées et imputées à ce pays, et non au pays où est située la base.

En tant que citoyens, nous avons droit à l’information pour agir. Or, selon une étude de février 2021, seules l’Allemagne, la Slovaquie et Chypre fournissent des données complètes de leurs émissions, qui sont transmises à la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (UNFCCC) via les rapports nationaux et européens combinés.

Nous estimons et demandons à nos dirigeants que les données complètes de l’émission sur notre sol belge soient transmises  à la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique et soient rendues publiques.

Une politique climatique ne peut exister sans une politique de paix active !

Trop souvent en effet, les bases militaires sont des outils de domination impérialiste. Cela doit nous amener à voir lucidement notre rapport avec les nations du Sud : il s’agit d’un rapport d’exploitation impitoyable qui recourt à des moyens de pression économiques, mais repose en bout de course sur la force militaire. Et celle-ci fait rarement bon ménage avec les considérations écologiques. Elle peut même être un outil de défense des intérêts d’industries polluantes, comme les bases US au Moyen-Orient avec le pétrole.

Enfin, la lutte climatique passe nécessairement par une politique de paix. Cette dernière implique le respect des points de vue et de la souveraineté de chacun. Cela amène l’impératif d’une coopération pragmatique avec les autres pays, y compris la Russie et la Chine. C’est incompatible avec la vision impérialiste et belliciste de Washington et de l’OTAN, qui, à la veille de l’ouverture de la Cop 26, le 20 et 21 octobre ont décidé “l’amélioration de la rapidité et de l’efficience de notre dissuasion nucléaire”, c’est-à-dire le déploiement en Europe de nouvelles armes nucléaires, naturellement avec la motivation de se défendre de la “croissante menace de missiles de la Russie”.

La Belgique abrite une vingtaine de bombes nucléaires étasuniennes (B61) dont la puissance est jusqu’à dix fois supérieure à celle larguée sur Hiroshima en 1945. Entre 2022 et 2024, notre pays s’apprête en outre à accueillir la version modernisée de ces armes de destruction massive (B61-12) et confirme l’achat 34 avions de combat F35 capables de transporter et de larguer ces nouvelles bombes.

Nous condamnons également la nouvelle alliance militaire AUKUS (Australie-Royaume-Uni-USA) contre Beijing car elle va entraîner une dangereuse course aux armements. Nous refusons aussi tout embrigadement dans une nouvelle guerre froide. La première s’est accompagnée d’un gaspillage scandaleux de ressources à fabriquer des engins d’extermination et a mis plusieurs fois notre espèce au bord du gouffre. Nous sommes catégoriquement opposés à une seconde du genre.
Telle est la raison pour laquelle intal fait partie de la coalition belge contre les contre les armes nucléaires  #Nonukes, qui exige que notre gouvernement ne «modernise » pas les bombes installées sur notre sol. Telle est la raison pour laquelle nous soutenons également la campagne No Cold War.

Le colonialisme vert

L’Union européenne a appelé tous les participants au sommet sur le climat de Glasgow à limiter leurs émissions de CO2 pour freiner le réchauffement de la planète. Tous les participants comprennent des pays du tiers monde dont l’agenda ne prévoit aucune réduction des émissions, leur principal objectif étant le développement. En contrepartie, les Européens offrent un soutien financier qui n’a pas encore été quantifié. Cette initiative a conduit certains gouvernements à parler d’un nouveau colonialisme qu’ils ont baptisé « colonialisme vert », en établissant une analogie avec le colonialisme politique et économique que les puissances européennes ont pratiqué il y a moins d’un siècle en Afrique et en Asie.

En bref, les pays à très faible revenu sont tenus de ne pas émettre de dioxyde de carbone ou de limiter leurs émissions au minimum nécessaire. Cela a évidemment un coût économique que le premier monde pourrait assumer parce qu’il est déjà développé, mais qui empêcherait le tiers monde de se développer. En échange de l’abandon du développement, on leur promet une aide généreuse, ce qui les rendrait éternellement dépendants de l’Europe et des États-Unis.

Une proposition similaire a été faite à la Chine dans le passé, mais elle l’a rejetée en bloc. Après tout, aux 19e et 20e siècles, l’Europe et les États-Unis ont émis tout le CO2 nécessaire à leur développement sans que personne n’exige qu’ils ne le fassent pas pour se transformer en une sorte de paradis écologique, une réserve naturelle, sans industrie et en renonçant au passage aux progrès technologiques et à l’amélioration substantielle du niveau de vie de leurs habitants compte tenu des problèmes auxquels sont confrontés les pays du SUD Global dans des domaines tels que l’alimentation, l’électrification et l’approvisionnement en médicaments et en eau potable.

Étant donné que tout accord visant à limiter les émissions doit avoir une portée mondiale, sinon il sera inutile, les pays du premier monde sont à court d’options pour imposer leur programme environnemental. Ils peuvent l’adopter unilatéralement, mais ils rencontreront beaucoup de résistance au-delà de leurs frontières.

Nous vous invitons à signer :

#Yes2Peace #NoWar #Cop26

Une politique climatique ne peut exister sans une politique de paix
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