Élections sur fond de violence en RDC

Témoignage de Christian Mayele, observateur pour l'Eurac-Atea


Christian Mayele, observateur pour l'Eurac-Atea, se trouvait au centre de vote Tatamana le 28 novembre lorsque que celui fut la cible d'une attaque. Témoignage.


Nous sommes le lundi 28 novembre 2011, date prévue pour la tenue du scrutin présidentiel et législatif. A 6h du matin, déjà, une foule immense, majoritairement constituée de jeunes, envahit l'entrée du centre de vote dans l'attente de l'ouverture de celui-ci. Hélas, faute de moyens logistiques suffisants, ce n'est qu'à 9h40 que les premiers bureaux de vote commencent à recevoir les électeurs. C'est donc sous une pluie fine, arrosant le sol du C.S. Tatamana, que les électeurs se pressent pour accomplir leur devoir civique.

J'observe en toute quiétude le déroulement des opérations électorales, après avoir au préalable voté moi-même. Aucun incident majeur n'est à signaler, hormis l’ingérence de certains électeurs, qui tiennent à connaitre le choix de leurs prédécesseurs. Jusqu'à ce qu'une nouvelle, au environ de 17h, ne vienne troubler ma quiétude. Une bande de jeunes enragés vient d'incendier une camionnette de la CENI, venue ravitailler en bulletins de vote le C.S Diyavanga, centre de vote situé à quelques mètres du mien. Dès cet instant, c'est la foire aux spéculations. Certains affirment que cela est dû à la découverte de bulletins de vote cochés d'avance en faveur du président sortant, d'autres encore trouvent en cet acte, l'expression de l'exaspération de la jeunesse par le régime kabiliste. C'est alors qu'une source sûre me fait savoir que ces jeunes agissent ainsi suite aux spéculations et rumeurs accusant des ravitaillements en bulletins de vote cochés d'avance en faveur du président sortant.

Alors que j'attends, désemparé, un grand bruit, comme celui d'un carnaval, envahit notre centre de vote. Mais ce n'est pas un début de carnaval, mais bien celui d'une attaque. Ces jeunes enragés sont maintenant aux portes de notre centre de vote et ne jurent que par sa démolition car d'après eux, notre centre de vote renferme en son sein des bulletins cochés en faveur du président sortant. La panique gagne tout le centre, les deux policiers, l'un armé, commis à la surveillance bloquent l'entrée et demandent à chacun de se mettre à l'abri. Aussitôt "une tornade de pierres" s'abat sur tout le centre, détruisant tout sur son passage. C'est la débandade. Les deux policiers font de leur mieux pour disperser cette foule. L'un tire en l'air les quelques balles en sa possession, avant de les récupérer et de les tirer à nouveau. Pendant que l'autre tient énergiquement l'entrée du centre car ces fous enragés veulent à tout prix y accéder. Dans le bureau de vote, chacun invoque son saint.

Au bout de 40 minutes, sans renfort, les deux policiers parviennent à disperser la foule. Les électeurs quittent enfin les bureaux de votes terrifiés, les témoins et observateurs également. Aucun d'eux ne veut désormais retourner à l’œuvre de peur d'être également pris pour cibles. Le centre ferme avant l'heure c'est-à-dire avant 11h de service et je m'efforce alors d'inspecter les autres bureaux de votes. Ce n'est qu'à 20h15 que les premiers dépouillements commencent, avec l'assistance de la foule vigilante, amassée derrière les fenêtres.

Ce fut pour moi une expérience enrichissante, une première du genre, je peux affirmer que j'en suis sorti différent. En effet, j'ai compris le sacrifice et l'importance des agents de l'ordre mais aussi le vrai sens des élections. Je plains hélas ces jeunes désœuvrés qui prennent plaisir à troubler l'ordre public et surtout leurs vrais patrons, car personne n'ignore que derrière eux, de grands leaders d'opposition tirent les ficelles. Connaissant désormais les résultats, j'espère seulement qu'aucune mère ayant perdu un être cher sous les balles ne maudira le pouvoir!