Un article intéressant sur les liens entre la Belgique et le Congo
Les statues d’Esdras Kambale ou « Un Roi peut en cacher un autre »
Guy De Boeck (*)
Si l’intention du Ministre congolais de la Culture et des Arts était de faire du bruit, il l’a largement atteint. L’annonce de son intention de remettre sur leurs socles des monuments coloniaux a été un pavé qui a fait un très gros « plouf » dans la mare !
Il y a toutefois un élément qui semble avoir échappé aux auteurs de multiples commentaires qui ont circulé sur Internet à ce sujet. A l’exception d’une statue de Stanley, la plupart des monuments en question sont des effigies royales : quelques Albert I° et surtout des Léopold II sculptés en divers matériaux. On peut donc se poser la question de savoir si le geste (qui pourrait d’ailleurs se limiter à un « effet d’annonce ») ne viserait pas les occupants actuels du Château de Laeken plutôt que la Belgique en général. Les Belges dans leur ensemble sont plutôt indifférents à leur passé colonial et à la monarchie. Le point de vue de la famille royale pourrait être différent. Après tout, Léopold II est l’arrière grand oncle d’Albert II et le Roi Chevalier, c’était son bon-papa.
Or, on sait qu’il règne actuellement déjà une certaine fièvre pré-électorale dans les milieux dirigeants de Kinshasa. Bien des signaux montrent que la campagne électorale est pour ainsi dire commencée, non seulement pour les élections locales de 2010 (dont la tenue n’est ni certaine, ni confirmée) mais surtout pour les Présidentielles de 2011.
Celles-ci risquent en effet d’être un test aussi important, plus important peut-être, que les élections de 2005/2006. Certes, il était important que les Congolais puissent voter pour la première fois depuis quarante ans. Cela marquait que le pouvoir ne se conquiert pas par un coup d’état. Mais il est important aussi de marquer que le pouvoir, s’il ne s’acquiert pas ainsi, ne se conserve pas davantage de cette façon, ni par des élections truquées, ni par des tripotages constitutionnels. La démocratie formelle implique non seulement d’arriver au pouvoir par des élections, mais aussi d’accepter l’alternance. C’est sans doute le point sur lequel, en Afrique, on est le plus loin du compte !
Il est manifeste que l’AMP a, comme dit le bon peuple, le trouillomètre à zéro et craint de perdre les Présidentielles de 2011. Dès lors, on fait flèche de tout bois : la plus banale entrevue internationale est un succès diplomatique de JK, le moindre coup de pioche, un progrès gigantesque des « 5 chantiers », la plus banale inauguration de vespasienne, un pas de géant du Congo vers le bien-être et les lendemains qui chantent et Kimya 2 est un grand succès des héroïques FARDC, même si toutes les informations disponibles s’inscrivent en faux contre une telle affirmation.
A des gens qui cherchent ainsi la moindre occasion de publicité, fût-elle minime, une occasion comme le cinquantenaire de l’Indépendance en 2010 ne pouvait échapper. C’est en effet une opportunité énorme.
L’idée a donc germé bien vite, d’organiser en 2010 des festivités grandioses, justifiées par le chiffre 50, mais qui tourneront en autant de meetings présidentiels. Les solennités patriotiques, en effet, ont ceci de bon aux yeux de tous les régimes du monde, que le pouvoir y a la parole et que tous les discours des « honorables invités étrangers », écrits dans leur intention à la louange du pays tout entier, peuvent facilement passer pour adressés à ce même pouvoir. Le peuple a ainsi l’impression que le régime jouit d’une large caution internationale.
Parmi les « honorables invités étrangers », les Belges jouent toujours un rôle particulier. Et il n’est pas interdit de penser que quelques membres de l’AMP se sont opportunément souvenus de la façon dont feu Mobutu avait su utiliser, comme son principal agent électoral… le Roi des Belges.
Il est question d’u très important accord belgo-congolais, destiné à servir en quelque sorte de « phare » au renouveau de la coopération belgo-congolaise. Il s’agit de la réhabilitation du réseau de RTNC, par les radiotélévisions et des firmes belges. Pour ceux qui apprécient les détails du « tribalisme à la belge », précisons que les deux sociétés, auxquelles d’ailleurs la TV russe a fait appel pour l’Eurovision, sont l’une wallonne et l’autre flamande, et que cette dernière est dirigée par un vieil ami de Mr. De Haene. Cela suffit certes à appâter le gouvernement belge et vaut bien l’envoi aux cérémonies de quelques ministres de haut rang.
La participation du Roi est plus difficile à obtenir. Remettre sur leur socle les statues de quelques uns de ses illustres ancêtres pourrait donc être une tentative pour attirer Albert II !
Quant au point de vue exprimé par le Ministre Esdras Kambale, on ne peut que lui donner raison sur deux points : 1°) un monument fait meilleur effet qu’un socle vide ou un bloc de béton d’où dépassent quelques boulons rouillés : 2°) le passé colonial, donc la présence des Belges, fait à jamais partie du passé, de l’Histoire du Congo.
Inscrire l’histoire dans les monuments et les plans des rues ne semble avoir jusqu’ici mener qu’à des carrefours où les deux principales avenues s’appellent invariablement Patrice Lumumba et Laurent Kabila (ex-avenue Mobutu). Les Congolais semblent peu soucieux de commémorer les grands hommes de leur passé plus ancien, dont certains, d’ailleurs, ont résisté à la colonisation. Toutefois, c’est là un problème congolais sur lequel je n’ai pas à me prononcer.
Je me permettrai par contre die dire que si l’on veut conserver dans la pierre ou le bronze, à l’usage des générations futures, certains souvenirs des temps coloniaux, il me semble avoir des sujets de monuments plus dignes d’inspirer les artistes que Léopold II dont la désastreuse politique d’exploitation à outrance réduisit de moitié la population du Congo.
Mais pourquoi les Congolais ne commémoreraient-ils pas la mémoire de Belges de la période coloniale qui ont montré pour le Congo un intérêt réel, et se sont parfois battus avec leurs compatriotes pour défendre les droits des indigènes.
Pourquoi pas, à Mbandaka, un monument à JM Jadot, qui y fut Procureur et écrivit contre les châtiments corporels ? Pourquoi pas, à Lubumbashi, un autre à Antoine Sohier, auteur de la législation protégeant la propriété des collectivités coutumières. Pourquoi, un peu partout, ne pas rendre hommage à la mémoire des médecins et religieuses infirmières belges qui gagnèrent le Congo vers 1910, pour combattre l’épidémie de maladie du sommeil contre laquelle il n’y avait pas alors de remède et qui partirent donc vers l’Afrique en sachant que la mort serait la seule récompense de leur dévouement ?
Autour de tels monuments, Belges et Congolais pourraient se donner la main sans arrière-pensées. Et ce serait très bien ainsi !
(*) Guy De Boeck est ensemble avec Denis Bouwen co-rédacteur du site www.congoforum.be
- Tatu
Navigatie
Andere inhoud
Search blogs
Agenda
- 14-08-2010La Tentation, Brussel20.00
- 11-09-2010Sint-Pietersplein, Gent15.00
- 12-09-201012.16


Delicious
Facebook
Google
Yahoo