Regard inspirateur sur les luttes du nord-andin péruvien

De Thomas de Roubaix, 17/05/2016

 

Chez nous certaines voix, envenimées d’une bonne dose de mauvaise foi, osent critiquer des mouvements de revendications populaires sous prétexte des difficultés qu’ils engendreraient pour les ‘malheureux étudiants pris en otage’. Je me dis qu’il faudrait leur faire faire un petit voyage dans le passé pour se rendre compte de comment se défendent les droits des populations opprimées. Comme cela risque d’être un brin compliqué, même en nous prenant pour Marty McFly, une autre possibilité serait de les faire voyager dans l’espace plutôt que dans le temps.

Hier, 16 mai 2016, a débuté une grève indéfinie à Bambamarca, au nord du Pérou. Ce petit village andin, que je connais et aime pour y avoir vécu quatre années de mon enfance et y être revenu à plusieurs reprises, connaît bien le sens du mot résistance ! Différentes organisations sociales locales (Rondes Paysannes, Juntes de Voisinage et Front de Défense) ont appelé à cette mobilisation d’envergure face aux 953 passifs environnementaux que compte la province. Récemment, ils ont appris que les dirigeants de la mine Sán Nicolas (Hualgayoc) ne comptaient pas assumer les conséquences des déversements de produits chimiques (parmi lesquels du mercure utilisé pour ‘laver l’or’) dans les rivières environnantes. Cela, ajouté aux nombreux autres cas répertoriés, a été la goutte qui a fait re-déborder le vase. Le problème dans la région n’est pas neuf. Il remonte, en effet, à plus de vingt ans avec, notamment, l’ouverture de la plus grande mine d’or d’Amérique Latine, la Yanacocha (‘lac noir’ en quechua), dont la Banque Mondiale est ni plus ni moins qu’actionnaire (à 5%) .

Le mouvement social exige de la part du gouvernement sortant (le 2ème tour des élections aura lieu le 5 juin, le président, Ollama Humala, passera le relais le 28 juillet), qui avait eu le culot de construire sa campagne dans la région sur le slogan ‘’Agua sí, oro nó!‘’ (‘Eau oui, or non!’), qu’il place les différentes entreprises devant leurs responsabilités et fasse respecter les lois en vigueur. Le problème aggravant est qu’outre les rivières Tingo–Maygasbamba y Hualgayoc–Arascorgue gravement touchées, les sources de bassins hydrographiques sont contaminées. Cela entraîne, depuis de nombreuses années, de graves problèmes d’approvisionnement en eau de qualité dans une région du pays traditionnellement agricole et bénéficiant de précieuses richesses aquifères.   

Le moins que l’on puisse dire, malgré les divisions et guerres de clocher, c’est que, dans le nord andin, quand on lutte on n’y va pas avec le dos de la cuillère. J’ai dû filer avant le début de la mobilisation pour assurer mon retour au pays dans quelques jours car qui dit grève dit absolument toutes les voies d’accès fermées et personne qui sort (je n’ai pas entendu d’étudiants crier au scandale). Le mouvement a ‘cordialement’ invité le maire de Bambamarca, qui a bâti sa popularité et est arrivé au pouvoir grâce à son implication dans les nombreuses luttes et résistances des dernières années, à se joindre à la lutte. Une façon de rappeler au dirigeant politique que cela est un peu facile d’instrumentaliser le mécontentement populaire à des fins personnelles, lui qui, depuis qu’il est maire, est curieusement nettement moins militant écologiste qu’auparavant. Il est, au fond, risible d’entendre certains, ici et ailleurs, feindre de méconnaitre une vérité historique formulée ainsi par l’historien François Cusset :

 

« aucun progrès social n’a été obtenu par la seule discussion ! » 

 

 

 

La mine de Yanacocha est la mine à ciel ouvert d'or la plus importante d'Amérique du Sud. Elle est située à 3 500 m d'altitude dans la Province de Celendín, région de Cajamarca au nord du Pérou près de la localité de Combaya.

 

 

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