Les J.O, Copacabana et la démocratie brésilienne...

L’ouverture des Jeux Olympiques 2016 , rythmée par de nombreuses mobilisations sociales.

L’ouverture des Jeux Olympiques 2016, rythmée par de nombreuses mobilisations sociales.

Plus de 3 mille brésiliens ont envahi les rues de Copacabana,  pour manifester pour la démocratie et contre le gouvernement par intérim de Michel Témer : « nous demandons un retour à la démocratie et dénonçons les mesures d’ajustements  économiques mis en place par Temer »,  explique un manifestant.  

Mais que s’est-il donc passé au pays de la Samba et du football ?

En 2009, le Brésil est désigné pays-organisateur des Jeux Olympiques de 2016. Il est le premier pays d’Amérique Latine, à accueillir ce prestigieux événement, censé rassemblé autour de valeurs humanistes.

7 ans plus tard, le Brésil traverse un des pires moments de son histoire démocratique, dans l’indifférence la plus totale.

Pendant que nos médias se féliciteront des performances sportives de nos athlètes, l’abondance des clichés  nous illusionnera sur la réalité démocratique du pays.  

En effet, en mai dernier, la présidente, Dilma Russeff, élue avec plus de 54 mille voix, est écartée du pouvoir par la droite parlementaire. Cette dernière a détourné  un mécanisme institutionnel qui permet au pourvoir législatif d’investir le pourvoir judiciaire pour ouvrir une procédure d’impeachment du chef d’Etat. Cette procédure n’est autorisée que si la preuve de l’acte de délit de responsabilité par la présidente de la République est apportée.  Or, ce n’est pas le cas. Qu’importe, la droite parlementaire n’entend pas s’embarrasser de « détails » de nature constitutionnels, et vote majoritairement, la procédure d’impeachment le 11 mai passé. Dilma Rousseff est alors écartée du pouvoir pendant maximum six mois. Le Sénat est amené à voter une seconde fois, le mardi 9 août, et les 81 sénateurs brésiliens seraient amenés à décider si la chef de l'État sera jugée ou non. Si ce jour-là la majorité des sénateurs vote pour la poursuite de la procédure de destitution, la date du jugement final sera fixée et le Sénat se transformera en tribunal.

Le jugement final est attendu à la fin du mois d'août : soit Dilma Roussef sera destituée et perdra tous ses droits politiques pour huit ans, soit elle retrouvera son mandat qui se termine en 2018.  Cette procédure d’impeachment a surtout rendu visible la curieuse alliance qui lie aujourd’hui le pouvoir judiciaire aux principaux médias et aux forces politiques conservatrices.

La cérémonie d’ouverture des JO s’est donc faite en  présence de Michel Temer  « président illégitime et sans représentativité qui fait penser à celui de la dictature militaire de 1964 à 1985 ».

L’enjeu démocratique est donc de taille pour les brésiliens, les monstrueuses mobilisations nous démontrent qu’ils n’entendent pas laisser leur démocratie dans les mains d’un hémicycle loin de la réalité des gens.

Sans rentrer dans les détails des mesures prises par Temer, à quelques heures seulement de la mise à l’écart de Dilma Rousseff, un aspect qui sautait aux yeux : des 23 ministres rassemblées autour de Temer, PAS une seule femme, pas un seul afro-descendant.

La nouvelle équipe marque une rupture flagrante en succédant à la première femme élue présidente du Brésil. D’après Uvar Hartmann, spécialiste de droit civil au centre d'analyses de la Fondation Getulio Vargas : «C'est la première fois depuis la dictature (1964-1985) qu'il n'y a pas une seule femme au gouvernement. C'est inquiétant». Sous la dictature militaire, il faut même remonter à la présidence d'Ernesto Geisel, de 1974 à 1979, pour trouver trace d'un gouvernement entièrement masculin.

La réponse de la rue : convergence des mouvements sociaux pour la défense de la démocratie.

Dès les premiers jours qui ont suivi le coup d’Etat, une centaine d’artistes se mobilisent contre la suppression du ministère de la culture et occupent le ministère. En faisant marche arrière, Temer pensait voir le monde artistique et culturel docilement apaisé. Il n’en fut rien, que du contraire. L’exigence dépasse largement la préservation de leur secteur d’activité, et s’étend à présent à une revendication politique et idéologique : le retour à la démocratie et le maintien des droits sociaux. «  Notre objectif est de stopper le gouvernement, nous ne le reconnaissons pas et nous ne négocions pas avec lui » a affirmé la cinéaste Diana Iliescu. Le mouvement s’organise dans le collectif OccupaMinC.

Face à l’accaparation de la démocratie, les mouvements sociaux s’unissent pour revendiquer le retour de Dilma Rousseff, et contre le gouvernement de Temer qu’il qualifie d’illégitime et de golpiste (pour désigner l’acteur d’un coup d’Etat). Le leader du Mouvement des travailleurs des sans toits, et coordinateur du Front Pueblo sin Médio (front Peuple sans peur, composé de plus de 300 organisations politiques et sociales) , l’exprime en ces termes : « celui qui croit que tout se décide au Sénat, doit s’attendre à une réponse de la rue » .

 

 

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