Carmen, belgo-guatemaltèque

Dans la continuité des interviews que j'ai réalisées auprès d'Equatoriens sans-papiers, j'ai rencontré Carmen, à moitié de chez nous, à moitié d'ailleurs.

Je suis née au Guatemala d'une mère belge et d'un père guatémaltèque. Toute petite déjà, je voyageais sans cesse entre les deux pays. J'ai fait mes primaires par-ci, mes secondaires par-là, toujours entre deux langues, le français et l'espagnol.

Mon enfance a été baignée par ces allers-retours. J'ai finalement terminé mes secondaires au Guatemala où j'ai commencé des études de psychologie. Ca n'a pas toujours été facile, c'est un monde tout à fait différent, d'autres gens, une autre manière de parler, de penser, un autre temps aussi! Mais on s'habitue.

A 24 ans j'ai décidé de revenir en Belgique pour terminer mes études de psycho qui ne me plaisaient pas tant que ça au Guatemala, et surtout, pour chanter, c'est ma passion. Je me disais que le milieu artistique belge offrait plus de possibilités. A 23 ans, peu avant de revenir en Belgique, je me suis mariée avec un Guatémalteque, nous sommes venus ensemble en Belgique. Aujourd'hui, nous sommes séparés.

Je pense faire ma vie en Belgique. J'ai toujours préféré ce pays, au Guatemala. Pourtant, très paradoxalement, je me sens plus guatémaltèque que belge. Le Guatemala représente mes racines. C'est la violence qui m'a poussée à partir, du moins celle que j'ai connue à Ciudad Guatemala (la capitale), mais aussi la façon de penser des gens, que je trouve trop carrée. C'est toujours un peu difficile de venir de deux pays à la fois! Il faut réussir à trouver son identité. Ce n'est pas la pauvreté qui a provoqué ma venue ici. Je suis issue d'une famille moyennement aisée. Je n'ai jamais eu de problèmes pour avoir des papiers. J'ai toujours eu la double nationalité.

J'ai toujours été étonnée du nombre peu élevé de Guatémaltèques qui vivent en Belgique. A part quelques amis de ma mère, je n'en rencontrais aucun, jusqu'il y a peu. Ca m'a fait plaisir. J'ai également rencontré des personnes ayant séjourné au Guatemala, et qui depuis, veulent aider ce pays. J'ai ainsi rencontré Ringo, le président d'Arlac.

J'aimerais personnellement faire connaître mon pays, même si j'ai l'impression que le Guatemala acquiert chaque jour plus de notoriété. J'aimerais aussi aider d'une manière ou d'une autre les enfants handicapés. Il n'y a aucune infrastructure pour eux là-bas. J'ai des amies psychologues au Guatemala. Ensemble, nous aimerions faire quelque chose de concret.

J'ai fait mon mémoire sur la musicothérapie. J'en ai parlé au Guatemala. Les Guatémaltèques ont adoré. C'était chouette. Ils ne connaissaient pas du tout ce mode d'intervention. Ils ont une manière très différente d'aborder la psychologie. C'est très individualiste. Si tu veux créer quelques chose, tu dois te débrouiller. Le gouvernement n'est pas à tes côtés.

J'èspere que toutes ces choses vont changer maintenant que nous avons un nouveau président! C'est la première fois que nous avons un président de “gauche”. Enfin de gauche... Il y a 4 ans, Alvaro Colom était déjà dans la course. A la fin des élections, nous nous sommes rendus compte qu'il s'était allié avec les partis de droite... Ce fût l'étonnement. Tout cela manquait cruellement de crédibilité. Aujourd'hui la population ne croit plus vraiment à la politique. Elle vote de moins en moins. Enfin, restons optimiste!

 

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