De la substitution à la protestation

 


L'état de la santé à Samar
J'ai passé trois jours sur l'ile de Samar afin de me familiariser avec la manière de travailler de notre partenaire. Heals, Health Empowerment and Action – Leyte, Samar, est une antenne de notre partenaire CHD aux Philippines. Ils sont actifs dans plusieurs régions des deux iles Samar et Leyte. J'ai pu ainsi me rendre compte de la situation d'extrême délabrement dans laquelle se trouvent les soins de de santé de la région. Il existe des points de santé jusque dans les plus petites entités administratives (« barangays »), mais les équipements sont inexistants, le personnel de santé se résume à une sage-femme et les médicaments sont une denrée rare. Dans la ville de Villareal, dont dépendent 38 barangays, le centre de santé est composé de deux infirmières et de 8 sage-femmes. Il n'y a pas de docteur, et ce, pour 29000 personnes. Après avoir réclamé plus de fonds et de personnel médical, la responsable de l'unité de santé rurale s'est vue octroyer une ambulance. Cela permet certes de soigner les cas les plus graves en les envoyant à la ville de Tacloban, mais cela ne résout rien structurellement. Nous avons également visité l'hôpital régional, et là aussi, la situation est désastreuse et désespérante: les constructions ne sont pas terminées, les femmes qui viennent d'accoucher sont entassées dans le couloir avec leurs nouveaux-nés, il n'y a pas d'eau, ... Le docteur qui nous a servi de guide dit que cela provient grandement du fait de la corruption et que cela ne servirait à rien de se rebeller. D'ailleurs, ils l'ont fait dans un autre hôpital régional et le gouvernement l'a tout simplement fermé. Dans chaque barangay, le gouvernement local a formé des BHW (Barangay Health Worker) afin qu'ils puissent soigner les habitants de leurs commmunautés grâce à un savoir de base. Cependant, ces formations s'espacent de plus en plus et se répètent sans rien apprendre de nouvau ni de plus avancé aux BHW.
 

Et les BHW devinrent les CHW...
Notre partenaire, Heals, a proposé il y a 3 ans aux BHW d'améliorer leurs connaissances et de se spécialiser dans plusieurs techniques. Il y a trois modules de formation: niveau 1, niveau 2 et spécialisations (médecine dentaire, plantes médicinales, petite chirurgie, massage, etc). D'autres villageois que les anciens BHW se sont joints à ce programme pour devenir des « Community Health Workers ». Aujourd'hui, les 36 CHW vont se voir remettre leur diplôme de niveau 1 et 2. Tous les représentants des autorités locales sont là, et même les sage-femmes du centre de santé rurale ont fait le chemin pour participer à la cérémonie. Après les discours officiels, les CHW ont préparé quelques numéros culturels. La remise des diplômes est suivie par un festin préparé et offert par la responsable du barangay, les CHW et leurs familles. La soirée se poursuit au rythme des danses traditionnelles. Ces travailleurs de la santé sont maintenant capables de prendre soin des maux simples de leurs communautés. Ils organisent des missions médicales dans d'autres communautés, entretiennent un potager pour pouvoir fabriquer des médicaments à base de plantes et organisent des consultations régulières au sein de leurs communautés. Les autres habitants leurs font confiance et savent qu'ils peuvent s'adresser à eux en cas de besoin.
 

Etre organisés pour revendiquer ses droits
Le but de Heals n'est pas simplement de remplacer un service inédaquat voire inexistant normalement proposé par l'Etat, mais d'une part de renforcer ce qui existait déjà en l'améliorant et d'autre part, de faire prendre conscience à ces CHW de leurs droits. La santé n'est pas un privilège, c'est un droit. Avoir accès à des soins de santé de base ne doit pas faire partie du domaine de la chance, du hasard ou du bon vouloir d'un gouvernement corrompu. La deuxième étape est donc l'organisation de ces travailleurs au sein d'une structure qui leur est propre. A Plaridel, où s'est déroulée la remise des diplômes, l'organisation des travailleurs de la santé a été créée en janvier 2010 et compte une présidente, une vice-présidente, une responsable des finances, de la jeunesse, de l'éducation et de la santé. Ils suivent maintenant des formations sur la communication et le plaidoyer: comment faire valoir ses droits au sein de sa localité? Les responsables des autorités locales sont souvent favorables à ce genre d'initiatives car cela leur permet de renforcer leurs demandes aux niveaux supérieurs. Ils ne sont pas tous seuls, la population est derrière eux. Les travailleurs de la santé ont soumis une résolution au Conseil de la ville qui demandait en substance l'augmentation du budget alloué aux soins de santé dans leurs communautés. Grâce à ces petites révolutions, le droit à la santé fera bientôt son apparition dans les communautés situées autour de Plaridel...

 

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