17-09-2008
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Mots-clés
- Pays | Landen: Palestine
- Thème | Thema: Guerre et Occupation
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Le chantier de 9 jeunes Belges parmi les réfugiés palestiniens de Nahr El-Bared
Un séjour émouvant, poignant et chargé d’espoir
En juillet 2008, c'était la troisième fois qu'An Muylaert organisait un séjour pour une dizaine de jeunes dans le camp de réfugiés de Nahr-El-Bared. Situé au Liban, ce camp a défrayé la chronique, lorsqu'en 2007 le groupe fondamentaliste Fatah-al-Islam s'y retrancha après avoir mené une attaque barbare contre un poste de l'armée libanaise.
C'était la troisième fois que j'organisais un chantier avec des jeunes, dans un camp libanais de réfugiés palestiniens. Et ce fut de loin la plus difficile, même si les voyages précédents ne furent pas simples, non plus. En 2006, alors que nous faisions des animations pour les enfants du camp de Rashedieh, situé dans le sud du pays, Israël a lancé son offensive. J'ai dû fuir avec les 10 jeunes qui m'accompagnait vers le nord. Le camp de Nahr El-Bared, nous est alors apparu comme un lieu sûr, où nous réfugier. L'année suivante, en 2007, alors que nous retapions un centre pour jeunes dans le camp de Ein El-Helweh, près de Saïda, Nahr El-Bared a été mis en pièces par l'armée libanaise. Nous avons visité les réfugiés qui avaient trouvé refuge dans le camp tout proche de Baddawi. C'est à ce moment là que nous avons décidé de revenir à Nahr El Bared, en 2008 (voir infos ci-dessous).
Avant leur départ, les jeunes ont vu d'innombrables photos. Ces photos montraient les ruines du camp, les décombres laissés par quatre mois de bombardements à l'artillerie lourde. Malgré cette "préparation", notre première "promenade" dans les ruelles ravagées du vieux camp, nous a profondément choqué. Heider : « Je ne mâche pas mes mots : j'avais une boule dans la gorge. Plus rien ne tenait debout. Tous les bâtiments étaient détruits en raison des bombardements. C'etait comme si une météorite s'était écrasée sur le camp. Les lieux étaient désertés de toute vie. Si à Hollywood, quelqu'un, un jour a le projet de tourner un nouvel Armageddon, c'est ici l'endroit idéal. Jamais dans ma vie, je n'avais vu un spectacle aussi apocalyptique. De nombreux immeubles de six à huit étages étaient totalement détruits. Lorsqu'un missile tombe, l'étage supérieur s'écrase directement sur l'étage en dessous et ainsi de suite jusqu'au sol. Sous les décombres, je voyais des meubles et même des autos coincés entre entre le sol et les plafonds. A chaque pas, la même question résonnait dans ma tête : pourquoi, pourquoi, pourquoi ??? »
Les habitants qui sont revenus à Nahr El-Bared se posent la même question : pourquoi ? Qui se cache derrière les provocations du groupe fondamentaliste Fatah al-Islam, lequel n'a rien à voir avec les Palestiniens ? Ce groupe a sans doute bénéficié de l'aide du gouvernement Siniora, proche des Américains. Les autorités ont sans doute manipulé ces combattants sunnites en lueur accordant un visa et en les retribuant afin qu'ils forment un contrepoids, face au Hezbollah chiite. Mais l'affaire a dégénéré ... Ou peut-être le gouvernement a-t-il saisi l'occasion de rayer de la carte un camp de réfugiés palestiniens et d'en disperser les habitants ? Il est de notoriété publique que les Palestiniens sont à peine tolérés au Liban et que les partisans du camp proaméricain les voit d'un très mauvais oeil. C'est d'ailleurs ces raisons qui poussent les Palestiniens à ne pas croire que le gouvernement va effectivement rebâtir leur camp.
Nos partenaires du Palestinian Youth Center et de l'hôpital Al Shifaa, eux non plus, ne le croient pas. Pour eux, il faut impérativement ramener les anciens habitants à Nahr El-Bared et les loger à la périphérie de l'ancien camp totalement ravagé par les bombardements. La communauté palestinienne ne peut pas être dispersée, car son unité et la solidarité existant entre ses membres garantissent la survie du droit au retour des réfugiés, en Palestine. C'est pourquoi le combat pour la reconstruction de Nahr El-Bared est une priorité.
Dans de telles circonstances, qui a-t-il de plus essentiel que la mise sur pieds d'un hôpital bienLes Palestiniens du camp et les jeunes Belges s'activent pour aménager un hôpital. Photo: An Muylaert. équipé ? Le vieil hôpital d'Al Shifaa a été totalement détruit lors des affrontements de 2007. Privé de son lieu de travail, le docteur Tawfik s'est donc provisoirement installé dans un garage où il consulte. Notre première mission émerge soudain : transformer les huit containers que l'UNRWA a placés sur un terrain en friche, en un hôpital opérationnel. Ensemble, avec une dizaine de Palestiniens du centre de jeunes, nous sommes venus, non sans peine, à bout de ce travail. Zaki : "Sous un soleil de 30° à 40°, nous avons travaillé pendant toute une semaine, de 8h à 17h. Aux côtés de jeunes Palestiniens, l'équipe des étudiants belges trimait dur comme fer ! Nous qui sommes habitués au stylo et à la feuille blanche, nous avons remplacé ces "outils" par des pioches et des pelles! Encadrés par des professionnels palestiniens du bâtiment, nous avons dégagé des tonnes de débris, concassé des kilos de gravats, égalisé le sol, fait couler des brouettes de béton, bâti des murs et aménagé les nouveaux lieux. Etant asthmatique, j'avoue que ce travail était très éprouvant. Mais la joie et la bonne humeur étaient au rendez-vous! C'est dans ces moments-là que des sentiments de fraternité et de solidarité sont nés entre moi et tout le groupe."
Ma fille Maha et les autres jeunes filles, Evy, Inge, Wahiba et Jutta n'ont pas perdu courage. Maha : "Ensemble, nous avons travaillé dur. Ramasser des pierres est et reste un travail lourd pour une jeune fille belge de vingt ans qui n'a aucune expérience en maçonnerie. Mais je ne pensais pas que cela puisse être aussi agréable. Nous avons énormément ri et lors de nos conversations, nous avons beaucoup appris sur l'architecture, la culture ... de nos hôtes."
Finalement, nous sommes arrivés à un résultat dont nous pouvons être fiers. L'installation des conduites, de l'air conditionné et la construction du toit ont été confiées à des spécialistes, mais notre groupe a financé les travaux et le matériel. Le 1er août, la petite équipe du docteur Tawfik a pu s'installer dans son nouvel hôpital.
Et, nous n'en sommes pas restés là. Wahiba : "Nous avons aussi repeint une rue. Le plus difficile a été de choisir les couleurs. Après une longue nuit de discussions, nous avons opté pour le jaune et le vert. Les habitants étaient très heureux de voir leur rue en couleurs, car les murs en noir et gris leur rappelaient les destructions et les incendies dûs aux affrontements de 2007. Ces travaux étaient le signal d'un nouveu départ pour la rue et ses habitants. Ils étaient aussi une invitation lancée aux autres habitants de Nahr El-Bared, afin qu'ils reviennent s'installer dans leur camp. Ils sont un signe d'espoir. Nous avons encore peint trois fresques murales. La première représente une fourmi, mascotte de notre groupe de Les tâches étaient variées: préparer du béton, égaliser les sols.... Photo: An Muylaert.scouts musulmans de Bruxelles. Elle serre dans sa patte, la main du petit Handala, qui symbolise lui, les réfugiés palestiniens. Tous les deux figurent dans un très beau paysage peint par Ali, un véritable artiste. La deuxième représente une carte de la Palestine, Handala et quelques slogans comme: "RECONSTRUCTION OF THE OLD CAMP NOW" et "RIGHT TO RETURN" . Quant a la troisième et dernière peinture, c'est en fait, ma silhouette. Je tiens à la main un drapeau palestinien barré des mots "BELGIUM PALESTINE UNITED."
Après coup, les jeunes ont fait part de leurs impressions, sur leur blog. Leurs écrits ne mentent pas. Ces quatorze jours leur ont laissé une profonde impression. Ce sont surtout les différentes visites qu'ils ont avons faites, qui les ont marqués. Maha : "L'injustice dans laquelle ces gens vivent est vraiment incompréhensible. Des familles de neuf personnes se partagent un container de quatre mètres sur deux, parce que leur lotissement a été bombardé par l'armée libanaise. Des enfants traînent sans avenir. Où va le monde ? Mes propos semblent un peu grandiloquents, mais, flûte, la réalité prend une autre couleur quand vous la découvrez avec vos propres yeux."
Evy : "Après la première visite dans une maison du camp, notre groupe a dû encaisser pas mal d'émotions. Nous avons entendu des récits poignants. Nous avons eu beaucoup de difficultés à supporter la situation inhumaine dans laquelle beaucoup de familles survivent. Moi, j'ai reçu une "très grande gifle" lorsque je me suis rendue compte que les gens avec lesquels nous collaborions, finalement des amis pour la vie, traînaient chacun leur histoire et leur chagrin. Souvent, je devais affronter ces émotions à des moments inattendus. Je ne comprends pas bien comment les Palestiniens peuvent vivre avec un tel sentiment d'impuissance. Je le ressens moi aussi. Cela me peine et me met en colère."
Wahiba : "Je n'oublierai jamais ma première visite aux familles. La mère m'a décrit son ancienne maison. Lors des bombardements, elle n'a rien pu emporter, aucun effet, aucune photo.. rien." Maintenant, elle vit dans un container avec ses neuf enfants. Avant mon départ,Les travaux se déroulent dans la joie et la bonne humeur. Photo: An Muylaert. elle m'a dit : "Sachez que le plus important pour moi est que mon mari et mes enfants soient encore à mes côtés. Cette femme était pleine de courage, de force ... ". Tous les jeunes ont été frappé par l'incroyable optimisme des Palestiniens, alors que leur situation est infiniment mauvaise. Evy : "Pour moi, il était difficile de comprendre que les Palestiniens continuaient de travailler en arborant un sourire. Peut-on vraiment s'habituer au décès du frère de votre meilleur ami ?" Khalil, le coach du centre de jeunes a vécu cette situation, alors que nous étions sur place. Comme je parle néerlandais, je lui ai mimé ma question et j'ai reçu cette réponse : "La colère, la tristesse et le découragement ne nous aideront pas. Nous devons nous prendre en main. Nous devons puiser notre énergie dans toutes ces choses dont nous disposons momentanément et que nous pouvons améliorer". Karen : "Ce que je trouve incroyable, et qui rend si agréable le fait de coopérer avec les Palestiniens, c'est qu'ils ne se laissent jamais abattre. Ils ne se plaignent pas, mais prennent leur destin en main. A chaque fois, ils repartent de zéro pour tout reconstruire. C'est sans doute la raison pour laquelle je veux revenir l'année prochaine."
Le groupe veut continuer à rassembler des fonds pour l'hôpital Al Shifaa et pour le Palestinian Youth Center. Une recherche de donateurs a été initiée. L'objectif est de trouver 100 personnes qui s'engagent à verser dix euros par mois. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette action, cliquez ici.
Plus d'infos sur Nahr El-Bared
Il y a peu de temps encore, le camp de Nahr El-Bared était l'un des camps de réfugiés pales tiniens les plus prospères du Liban. Il pétillait de vie, mais en 2007, le groupe fondamentaliste Fatah-al-Islam s'y retrancha après avoir mené une attaque barbare contre un poste de l'armée libanaise. Le gouvernement décida de détruire ce groupe et fit bombarder Nahr El-Bared. Les 30 000 habitants prirent la fuite et trouvèrent refuge dans d'autres camps, auprès de leurs proches ou dans des écoles.
Le bombardement de Nahr El-Bared a duré du 20 mai au 2 septembre 2007. Aujourd'hui, la partie la plus ancienne du camp est un immense tas de gravats, complètement bouclée par l'armée. Sur plus de 6 000 familles, environ 2 000 sont revenues et se sont installées dans la zone la plus récemment construite du camp, elle aussi lourdement lésée par les affontements. La population vit dans de très mauvaises conditions. Des centaines de familles habitent dans des containers surchauffés, donnés par les Nations Unies. Ces "baraquements" font davantage penser à des cages pour animaux qu'à des habitations.
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