Comprendre le Venezuela

27/01/2018 - 12:00
27/01/2018 - 22:00

L’arrivée d’Hugo Chavez et de la révolution bolivarienne a sorti le Venezuela de son long sommeil néolibéral. Les progressistes du monde entier s’y intéressent et en respirent l’oxygène politique apporté par ses avancées démocratiques et sociales. D’autres pays sud-américains poursuivent cet élan, d’autres continents regardent avec intérêt ce laboratoire d’une gauche qui se réinvente, non sans difficultés…


Mais l’empire n’est pas resté les bras croisés, il a mis en place de nouvelles stratégies de déstabilisation, sans écarter l’option militaire. En prélude, une guerre économique, un chaos artificiel et une guerre médiatique qui nous livre un scénario trop bien huilé depuis le Chili de 1973.

 La révolution n’est compréhensible qu’en l’abordant par ses contradictions, en échangeant les différentes visions et en débattant. C’est pourquoi la plateforme de solidarité avec le Venezuela VeneSol a décidé d’inviter à Bruxelles deux acteurs de terrain vivant le processus révolutionnaire depuis les mouvements sociaux : Maria Hernández et Marco Teruggi. Ces derniers pourront partager leurs analyses de première main depuis un espace d’analyse critique.

Maria Hernández

Avocate, activiste féministe, co-rédactrice de lois à la bases de la création de l’institut national des femmes (INAMUJER) et instituts municipaux. Professeure d’université, élue défenseuse nationale des droits des femmes de 2013 à 2016.

« Les Féministes qui, comme moi avons pris la décision de travailler avec les femmes des zones populaires, nous avons pu constater à quel point elles avaient des pratiques féministes dans leur quotidien y de plus, elles se sont approprié les outils développés par le processus pour transformer leurs propres vies, comprenant qu’on ne pouvait pas transformer le pays sans transformer nos propres réalités, nos familles, nos vies. Elles ont commencé à devenir protagonistes dans leurs quartiers, communautés, conseils communaux… alors qu’avant, lors de la 4e république, elles n’avaient pas la possibilité d’étudier, étant mères très jeunes qui devaient travailler ou rester dans la rue avec leurs enfants.

Chavez a réussi à inspirer ces femmes, il a reconnu qu’il y avait une dette historique envers les femmes en ce qui concerne l’éducation, la santé, il a créé des institutions qui ont pour but de garantir ce processus. il disait toujours que le Venezuela a un visage de femme. La majorité de la population qui s’est émancipé grâce aux différentes stratégies misent en place par le processus révolutionnaire sont des femmes, elles ont pu augmenter leurs capacités et autonomies grâces aux études, à de meilleurs salaires, à la participation et l’organisation populaire. C’est une des plus grandes victoires de cette révolution. Ces femmes qui venaient voir Chavez, suivaient et concrétisaient ses idées dans leurs vies au jour le jour, sont des femmes qui ont su voir dans ce processus leur propre libération, leur propre émancipation.»

 

Marco Teruggi

Journaliste franco-argentin, il habite Caracas et publie régulièrement des chroniques sur la vie politique de la révolution bolivarienne depuis son blog Hastaelnocau. Il intervient comme analyste dans TeleSur.

« Je ne cesse de m’interroger sur l’arrogance de ceux qui prétendent que l’Histoire commence à partir du moment où ils entrent en scène. Ils ont l’air de croire qu’au Venezuela les critiques n’existent pas, que le chavisme est monolithique, que les expériences d’organisation populaire, les communes par exemple, ne contestent pas la bureaucratie et ne la nomment pas publiquement pour ce qu’elle est : une bureaucratie corrompue. Puis ils viennent nous faire la leçon pour, disent-ils, occuper la place d’une gauche qui ne se tait pas. La première chose qu’ils auraient dû faire, la plus importante, est d’écouter avant de parler. (…) Leur argumentation ignore tout de l’expression critique constructive qui existe au sein du chavisme. (…) Pour ma part, j’ai choisi de répondre de l’intérieur même du chavisme, en adoptant une position critique publique contre les bureaucrates, les corrompus, les traîtres et les « autoproclamés ».