Al-Walaja Village

Mercredi 8 février, j’ai rendez-vous avec Shirin, une habitante du petit village d’Al-Walaja, non loin de Bethleem. Cette visite est tout d’abord l’occasion de découvrir les paysages magnifiques que vous offre le trajet depuis Ramallah jusqu’à Bethleem mais aussi de tenter de mieux percevoir la réalité du mur qui ne cesse de diviser les Palestiniens, morcelant les Territoires en petites parcelles, et repoussant toujours plus loin l’objectif d’unité devant à terme favoriser la constitution d’un Etat palestinien.

Shirin m’accueille donc chez elle pour que nous puissions discuter des activités qu’elle mène en tant qu’activiste engagée dans et pour son village. Elle m’explique notamment combien il est devenu difficile de concrétiser les manifestations contre l’occupation au sein du village tant ses habitants sont fatigués de lutter sans jamais recevoir aucune perspective encourageante pour l’avenir. Ainsi, le mur sépare désormais le village des habitations israéliennes progressivement implantées sur les terres palestiniennes. Shirin m’explique aussi qu’il est devenu impossible pour elle et son peuple de prouver que ces terres sont les leurs, au vu notamment de la mainmise et du contrôle que les autorités israéliennes entretiennent sur la délivrance des permis de bâtir.
Lors de notre entretien, Shirin me fait également part de l’omniprésence israélienne dans sa vie et elle me confie qu’il n’y a, selon elle, aucun doute à avoir quant à la stratégie de l’Etat d’Israël : il ne s’agit pas de sécurité, il s’agit de s’approprier les terres de leurs voisins. Il s’agit de les priver de leurs ressources foncières et de peu à peu les isoler de manière à ce que jamais ne soit possible la constitution d’un Etat palestinien. Le morcellement du territoire permettra à terme de faire taire les revendications du peuple palestinien et d’étouffer d’emblée tous projets visant la formation d’un Etat.

À ce propos, Shirin m’explique, qu’il y a, plus en contrebas dans le village, une maison totalement encerclée par un mur qu’on pourrait qualifier de « privé » : les autorités israéliennes ont en effet entrepris de construire une clôture tout autour de l’habitation, au nom de la sécurité de l’Etat. Dès lors, se pose la question de savoir comment l’habitation d’un villageois palestinien peut-elle porter atteinte à la sécurité d’un Etat dont l’armée est l’une des plus puissantes au monde ? Ne doit-on pas ici déceler les traces d’une contradiction flagrante entre désir de sécurité d’un côté et privation totale de liberté de l’autre ? Que peuvent être les conséquences d’une telle contradiction ? Selon Shirin, il s’agira d’un renversement certain de l’Etat d’Israël par ses voisins. En effet, selon elle, jamais les Israéliens n’ont fait en sorte de se faire accepter ni par leur voisinage direct, le peuple palestinien, ni par les autres Etats arabes de la région. À terme, il lui apparaît évident que l’Etat d’Israël ne pourra résister à l’ensemble des adversaires qu’il s’est lui-même créé par la poursuite de l’objectif indéfectible de « sécurité ».

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