Les Philippines tentent d'assainir les pratiques liées aux greffes de reins

Soumis à la pression de la communauté internationale pour combattre le trafic d'organes, le ministère philippin de la santé a publié, en mars dernier, une nouvelle directive interdisant toute greffe de rein sur un patient étranger. Le texte précise que ces opérations ne font pas partie de la campagne de promotion du tourisme médical initiée par le gouvernement en 2004.

Selon un classement publié par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les Philippines feraient partie des cinq pays où le trafic d'organes est le plus florissant, aux côtés de la Chine, du Pakistan, de la Colombie et de l'Egypte. En ce qui concerne les greffes de reins, les donneurs sont recrutés dans les communautés pauvres de Manille. Ils reçoivent de 2.000 à 3.000 dollars par organe. Chose unique, les interventions sont réalisées dans de grands hôpitaux et non de manière clandestine comme dans les autres pays, épinglés par l'OMS.

Les organisations occultes qui recrutent les donneurs et certains chirurgiens tirent d'énormes profits de ces opérations. Un patient étranger paie entre 70.000 et 115.000 dollars pour une greffe de rein et 130.000 dollars pour la tranplantation d'un foie. Or, en 2006, près de 200.000 touristes se sont rendus aux Philippines pour des raisons médicales. Les candidats à la greffe ont pu préalablement réserver leur organe sur internet.

Mais quant est-il de la situation des Philippins? Chaque année 10.000 à 12.000 d'entre eux arrivent en phase terminale d'une maladie rénale. 50 à 60% de ces personnes sont candidates à une greffe, mais seules 10% finissent par être opérées. Les autorités attribuent ce faible résultat au manque d'organes disponibles et à la cherté des soins. Rien d'étonnant lorsque l'on sait qu'un Philippin doit débourser de 19.000 à 23.800 dollars pour bénéficier d'une greffe. Face à ce coût exhorbitant, seuls, les plus nantis peuvent se payer une transplantation.

Avec sa directive interdisant toute greffe de rein sur un patient étranger, le gouvernement veut accorder la priorité aux Philippins. Vraiment? Certains en doutent. Des patients pourront bénéficier d'une exemption, mais combien seront-ils? L'absence de transparence du ministère de la santé en ce qui concerne leur nombre pourrait in fine bénéficier à toutes les organisations clandestines que la directive cherche à neutraliser.

Source: Le Courrier International

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