Venezuela : nouvelle victoire du Chavisme


Ce dimanche 20 mai, le pays a tenu sa 24ème élection en 20 ans.


Le Venezuela, puissance énergétique majeure, est la cinquième puissance économique latino-américaine en termes de produit intérieur brut, après le Brésil, le Mexique, l'Argentine et la Colombie. La république, étant à la fois un État fédéral, est constituée de 23 états. Chaque État est dirigé par un gouverneur élu lors d'élections au suffrage universel tous les 4 ans. La dernière élection des gouverneurs date du 15 octobre 2017. C'est maintenant le tour des  élections présidentielle qui a lieu tous les 6 ans. Un enjeu majeur pour le Venezuela mais aussi pour le continent latino-américain.
 
Ce dimanche 20 mai, le pays a tenu sa 24ème élection en 20 ans. Plus de 20 millions de Vénézuélien étaient appelés à exercer leur droit de vote et élire leur nouveau président pour la période 2019-2015. Le chemin menant à cette élection était sans doute l'un des plus compliqués et des plus difficiles depuis le début de la révolution bolivarienne. En effet, c'est dans un climat de sanctions économiques et de déclarations de non reconnaissance préventive des résultats qu'elles ont eu lieu. C'est pourquoi, il était nécessaire pour le gouvernement, qui cherche la résolution des conflits par les urnes, qu'il y ait une bonne participation à ces élections.
 
Pour comprendre ce qu'il se passe au Venezuela, il est nécessaire de faire un rappel du contexte politique dans lequel a lieu ces élections présidentielles.
 
Premièrement, il y a eu des élections anticipées en 2013, cinq semaines à peine après le décès du président Chávez, le 5 mars. L'opposition a cru que c'était leur meilleure moment depuis 1998 d'évincer le Chavisme du pouvoir. Et pourtant, leur candidat, Henrique Capriles Radonski, a perdu contre Nicolas Maduro. Ils ont évidemment crié à la fraude et lancé une vague de protestations violentes. Ces émeutes ont laissé au moins neuf morts. 
 
L'année suivante, l'opposition a lancé une autre vague de manifestations violentes, appelées «guarimbas», qui a duré environ trois mois et qui a fait 43 morts (la plupart des morts ont été abattu par les manifestants eux-mêmes). Cette tactique de l'opposition a été extrêmement efficace au niveau international. Les médias dominants internationaux ont commencé à désigner systématiquement et massivement le Venezuela comme une dictature malgré les multiples élections qui ont toujours lieu en présence d'observateurs internationaux. 
 
Parallèlement, suite à la mort du président Chávez, la situation économique du Venezuela a commencé à se détériorer considérablement. Le taux d'inflation est passé de 21% en 2012 à plus de 100% en 2015 (et s'est transformé en hyper-inflation en 2018), les aliments de base devenant de plus en plus difficiles à acheter en raison des pénuries. Ceci a donné à l'opposition des raisons supplémentaires de lancer des attaques de plus en plus intransigeantes contre le gouvernement. 
 
Les raisons de la crise économique sont multiples, mais le cœur du problème se trouve au confluent d'un taux de change fixe, d'un effort concerté des entreprises pour saper l'économie, de la baisse des prix du pétrole. 
 
À partir de 2017, les sanctions financières américaines ont contribué à créer l'une des pires crises économiques de l'histoire vénézuélienne.
 
Voyant sa situation de plus en plus précaire, le gouvernement Maduro a décidé de s'engager dans une série de négociations avec l'opposition encadrée par le gouvernement de la République dominicaine et l'ancien premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero. 
 
Au cours des négociations, il y a eu un accord général sur le fait que l'élection présidentielle au Venezuela, qui devait normalement avoir lieu en octobre ou en novembre 2018, devrait être reportée au premier semestre de 2018. 
 
La date du 22 avril était convenue, mais dans les dernières minutes avant la signature de l'accord fin février, les représentants de l'opposition ont décidé de se retirer. La raison exacte pour laquelle ils se sont retirés n'est pas tout à fait claire, mais il semble tout à fait plausible que le gouvernement américain soit intervenu et ait convaincu l'opposition de ne pas signer l'accord.
 
 Rodriguez Zapatero a fait tout son possible pour critiquer le retrait de dernière minute de l'opposition, déclarant: «Je trouve choquant que le document n'ait pas été signé par la représentation de l'opposition. Je ne suis pas d'accord avec les circonstances et les raisons, mais mon devoir est de défendre la vérité et mon engagement n'est pas de renoncer à la réalisation d'un engagement historique parmi les Vénézuéliens." 
 
Le gouvernement Maduro a alors annoncé qu'il signerait l'accord de toute façon et procéderait à l'élection présidentielle le 22 avril, avec ou sans l'opposition. 
 
L'opposition, en revanche, a annoncé qu'elle boycotterait les élections. 
 
Au début, le seul grand chef de l'opposition à rompre avec cette décision était Henri Falcon, qui a immédiatement annoncé sa candidature à la présidence. Finalement, Falcon et Maduro ont convenu de fixer une nouvelle date - le 20 mai - pour l'élection présidentielle, afin de donner plus de temps à la campagne.
 
 Henri Falcon, un avocat de 56 ans, a toujours été un peu un politicien «non-conformiste». Au départ, il était un fervent partisan de Chavez et gouverneur de l'État de Lara, l'un des États les plus peuplés du Venezuela. Il a participé à l'assemblée constituante de 1999 alors qu'il militait pour le PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela). Cependant, il a rompu avec Chávez en 2010 et a crée le parti « avanzada progresista » (avancée progressiste). Finalement, en 2012, il a rejoint la coalition de l'opposition, la MUD (Table de l'unité démocratique). En 2013, il est même devenu le directeur de campagne de Henrique Capriles à l'élection présidentielle. 
 
Cette année, il s'est présenté comme candidat aux élections avec le soutien du parti social-chrétien COPEI, le MAS (mouvement vers le socialisme) et le parti écologiste. Sa proposition principale est de « dolariser » l'économie. Malgré la rupture de Falcon avec la MUD pour l'élection présidentielle de 2018, il bénéficie du soutien de nombreux leaders modérés de l'opposition, tels que Claudio Fermin, un politicien vénézuélien de longue date, qui est maintenant le directeur de campagne de Falcon, et de Jesus Torrealba, l'ancien président de la MUD. Il a obtenu finalement 1 820 552 voix, soit 21% des suffrages exprimés.
 
Il y avait deux autres candidats à ces élections : Javier Bertucci et Reinaldo Quijada. 
 
Javier Bertucci est un homme d'affaire et pasteur évangélique de 48 ans, apparu dans le scandale d'évasion fiscale révélé par la presse des « Panama Papers » en 2016. Il a obtenu 925 042 voix, soit 11% des votes.
 
Reinaldo Quijada est un ingénieur en électronique de 58 ans. Il est le candidat du parti UPP (unité patriotique populaire 88'). Il a obtenu 34 614 voix, soit 0,4% du suffrage.
 
La décision du MUD de boycotter l'élection est déroutante. C'était la meilleure opportunité depuis 1998 pour  l'opposition de vaincre la révolution bolivarienne. L'économie est dans une impasse hyper-inflationniste, les salaires réels ont chuté de façon spectaculaire, et les pénuries continuent de causer des problèmes, en particulier au niveau de la santé publique avec la pénurie de médicaments. Dans de telles circonstances, il devait être possible de vaincre Nicolas Maduro qui a pourtant obtenu 5 823 728 voix, soit 68% des suffrages.
 
Alors pourquoi la MUD boycotte-t-elle l'élection ? L'explication officielle est qu'il n'y avait pas assez de garanties qu'il n'y aurait pas de fraude. Cependant,  le Venezuela a l'un des systèmes électoraux les plus transparents et les plus infalsifiables au monde. Il a développé un tel système précisément en raison de l'expérience du pays avant 1998 en matière de fraude , qui a conduit au développement d'un système de vote exceptionnellement sûr. Il s'agit d'un système de scrutin à deux tours dans lequel les bulletins de vote papier et les bulletins de vote électroniques sont fondus et comparés les uns aux autres. En outre, chaque étape du processus, depuis le registre des électeurs jusqu'aux machines à voter, en passant par les scanners d'empreintes digitales et les systèmes de dépouillement, est minutieusement vérifiée par les observateurs électoraux de tous les partis politiques. Pour ces élections, il y avait 2000 observateurs internationaux. Tout cela rend le système de vote du Venezuela beaucoup plus sûr et infalsifiable que pratiquement tout autre système de vote dans le monde.
 
Alors que cherche l'opposition en ne se présentant pas ? ils tentent d’ôter toute légitimité au niveau international  au président démocratiquement élu. Leur objectif étant de l'isoler pour donner plus de légitimité aux sanctions économiques et à l'ingérence étrangère. Ces dernière semaine, nous avons pu entendre des déclarations de non-reconnaissance du scrutin de chef d’État (Chili, Argentine, États-Unis, Canada, etc.) ainsi que de l'UE et d'organisation comme l'OEA. L'UE a d'ailleurs refusé d'envoyer une délégation officielle d'observateurs des élections alors que le gouvernement vénézuélien les avait cordialement invité à y participer. 
 
Une autre explication plausible d'un boycott préventif est que l'opposition ne veut pas «seulement» gagner la présidence. Elle veut une rupture radicale avec la révolution bolivarienne et pour y parvenir, elle cherche à provoquer une crise politique et économique qui mènerait à un virage à droite . Parce que gouverner à partir d'une présidence contrôlée par l'opposition, même sous le régime quelque peu présidentiel du Venezuela, serait extrêmement difficile car les chavistes continuent de dominer non seulement la Cour suprême, le Conseil national électoral, le bureau du procureur général, mais aussi l'Assemblée nationale constituante, qui est chargée de réécrire la constitution. 
 
Étant donné que le leader de l'opposition Julio Borges et d'autres font pression pour des sanctions toujours plus sévères contre le Venezuela, il semble clair que la stratégie est de forcer un effondrement complet du gouvernement et de ne plus participer aux processus démocratiques au Venezuela.
 
Malgré une victoire de Nicolas Maduro, l'avenir du Venezuela reste extrêmement incertain. Les efforts américains pour un changement de régime radical, ciblant non seulement la présidence, mais toutes les institutions étatiques, rendront la gouvernance du pays difficile.  La non-reconnaissance préventive d'une élection, malgré l'utilisation de l'un des systèmes électoraux les plus sûrs au monde, est totalement sans précédent dans l'histoire de l'Amérique latine.
 
Avec l'élection de Maduro, les États-Unis ont décidé de sanctionner de milliers de vénézuéliens et d'appliquer de nouvelles sanctions économiques. L'UE lui emboîte le pas. «L’Union européenne envisage des sanctions», a fait savoir la représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini dans un communiqué au lendemain de l'élection présidentielle. La victoire du représentant du chavisme ne va donc pas contenir les conflits mais elle va pouvoir soutenir le pays où se joue des enjeux continentaux. En effet, la droite en Amérique Latine gagne du terrain en utilisant le pouvoir judiciaire (comme au Brésil) et médiatique.
 
Même avec toutes ces pressions, le peuple s'est mobilisé et a choisi le candidat du Chavisme. En faisant ce choix, ils ont opté pour une résolution pacifique des conflits. Les Vénézuéliens nous donnent une belle leçon de résistance face à l'ingérence des grandes puissances. 
 
 Le rôle des mouvements de solidarité internationale 
En tant que mouvement de solidarité internationale, nous considérons ces sanctions comme un acte d'ingérence. Elles aiguisent les tensions politiques au Venezuela et font le jeu des fauteurs de violence. Le rôle des mouvements de paix en Belgique et de solidarité internationale est crucial pour contraindre nos États à respecter le principe de non-intervention. Ce principe interdit à tout État ou groupe d’États d'intervenir directement ou indirectement dans les affaires intérieures ou extérieures d'un autre État.
Nous demandons à l'UE et au gouvernement belge de respecter le processus et les instances démocratiques du Venezuela.