Une nouvelle et importante campagne pour arrêter les assassinats politiques aux Philippines

Les Groupes de Philippins de Belgique ,le réseau belge de solidarité avec les Philippines, dénonce depuis longtemps déjà la situation des droits de l’homme dans ce pays. Cette association a été la première à organiser, en mai 2005, une action de protestation contre les assassinats politiques devant l’ambassade philippine. Des militants syndicaux sont eux aussi descendus plus tard dans la rue pour protester contre ces meutres.


Il y a quelques jours, j’ai reçu un e-mail d’une amie, activiste aux Philippines, qui m’a donné la chair de poule :

"As-tu entendu parler de l’horrible assassinat de Babes Mendiola, un membre important de Bayan Muna, dans la Vallée Cagayan, le 11 mai dernier ? Tu l’as certainement déjà rencontrée. Son mari a aussi été tué, alors qu’il essayait de protéger sa petite-fille des balles. Heureusement, l’enfant n’a pas été touchée mais elle est certainement sous le choc.

Babes avait pu prévoir le danger parce que la cabane où cela s’est passé avait déjà été par deux fois la cible de tirs. Mais elle tenait à rester auprès des gens et à leur parler. Souvent, elle partait en tournée dans la région dans la vieille voiture rouge de son mari. Cela aussi en faisait une cible facile.

Je lui ai rendu visite pour la dernière fois en février. D’abord, j’ai mangé avec Babes et son mari, chez eux. Ensuite ils m’ont emmenée dans un village dont elle aidait les paysans dans leur combat pour récupérer leurs terres. Une femme de paysan nous y a offert à nouveau à manger.

Je ne l’avais jamais vue aussi heureuse que lorsqu’elle était en compagnie de gens simples. Bien qu’elle-même ait eu plus facile grâce à son petit lopin de terre et la petite boulangerie qu’elle possédait, elle était présidente régionale du parti populaire Bayan Muna (“Le Peuple d’abord”).

Sur le chemin du retour, elle m’a montré un village où elle aimait s’attarder régulièrement pour discuter jusque tard dans la soirée. C’est là, dans la cabane qui servait de lieu de réunion, qu’elle a été tuée de 14 balles.

Mon coeur se brise quand je pense à nos martyrs : des gens de bien, engagés, qui sont assassinés. J’en ai connu beaucoup personnellement. La dernière fois que nous avons fait les comptes, on en était à 603 meurtres depuis début 2001.”

Tout qui s’occupe des Philippines et du mouvement populaire local, a déjà eu l’occasion de lire ce genre de message. Au cours des derniers mois, il tombe chaque semaine quatre victimes de meurtres politiques. Amnesty International écrit dans son dernier rapport annuel que la plupart des assassinats sont le fait “de personnes non identifiées circulant à moto, parfois masquées, que l’on décrit souvent comme des ‘vigilantes’ ou des tueurs à gages qui travaillent pour le compte de l’armée.”

Ce sont surtout des membres de partis progressistes comme le Bayan Muna qui en sont les victimes, d’après Amnesty International, tout comme des activistes des droits de l’homme, des gens d’église et des avocats souvent étiquettés par les autorités comme des sympathisants communistes. Le rapport annuel de l’organisation de défense des droits de l’homme fait remarquer que les coupables se sentent protégés suite à un “climat d’impunité”.

Un même schéma pour les assassinats

Il est clair entretemps que ces assassinats se déroulent selon un même schéma. Il s’agit apparemment d’une campagne dirigée d’escadrons de la mort. Depuis le début de cette année, il y a eu déjà 75 victimes, dans différentes régions du pays. 25 autres ont été victimes d’enlèvement.
Les victimes des escadrons de la mort sont des dirigeants ou des membres d’organisations progressistes. Parmi eux, il y a des dirigeants syndicaux, des leaders paysans, des avocats, des étudiants, des prêtres, des journalistes et des activitistes des droits de l’homme.
Bien qu’il soit difficile de prouver la responsabilité directe de l’armée philippine, il y a beaucoup d’indications de son implication. Et tout d’abord, peu d’organisations sont capables d’organiser des opérations à cette échelle, et par ailleurs de nombreux témoignages vont dans ce sens. En outre, l’armée philippine utilise depuis 2004 un programme éducatif sous le titre “Connaissez vos ennemis”, dans lequel nombre d’organisations, même des organisations religieuses et l’association de journalistes sont désignées comme partisans d’une guerilla armée. De ce fait, elles sont considérées par l’armée comme une cible légitime.
On reproche au gouvernement de ne rien faire pour contrer ces meurtres. Au contraire, les officiers qui les approuvent reçoivent des promotions et même la présidente et les membres de son cabinet font entendre des soupçons à l’égard de l’opposition légale. Tout cela crée un climat qui, selon les organisations de défense des droits de l’homme, légitimise pour le moins ce type d’assassinat.
Il n’est dès lors pas étonnant que les organisations des droits de l’homme mettent l’accent sur la responsabilité des autorités. C’est en effet bien au gouvernement que revient la défense de la population contre des campagnes de terreur de ce type. Le gouvernement doit donc au moins reconnaître son incapacité à protéger la population. Dans le pire des cas, on peut accuser le gouvernement de complicité, suite à son acceptation tacite ou même à sa responsabilité directe.

“Stop the killings!”

Les Groupes de Philippins de Belgique ,le réseau belge de solidarité avec les Philippines, dénonce depuis longtemps déjà la situation des droits de l’homme dans ce pays. Cette association a été la première à organiser, en mai 2005, une action de protestation contre les assassinats politiques devant l’ambassade philippine. Des militants syndicaux sont eux aussi descendus plus tard dans la rue pour protester contre ces meutres.

Au début de cette année, les médias ont attiré l’attention sur la situation des droits de l’homme aux Philippines. Le monde entier a été mis face aux faits lorsque la présidente philippine Arroyo a décrété l’état d’urgence le 24 février dernier. Sous le prétexte de prendre les mesures nécessaires pour prévenir un coup d’état, elle s’est retournée contre l’opposition progressiste et la presse indépendante.

Pour les GPB  et d’autres associations de défense des droits de l’homme et des groupes de solidarité, ces mesures n’ont pas été une surprise. Et la réaction ne s’est pas fait attendre. Depuis le début de cette année, différentes initiatives communes ont été prises par des organisations et des personnalités belges pour la défense des droits de l’homme aux Philippines. Ainsi, le 30 mars, une septantaine de personnes ont manifesté devant l’ambassade des Philippines, dont quatre parlementaires, à l’appel de la CSC-Bruxelles, de 11.11.11 et des Groupes de Philippins de Belgique, et avec l’appui de la FGTB Bruxelles, la CSC, la CGSP Limbourg, Bevrijde Wereld, Wereldsolidariteit, Broederlijk Delen, Vlaams Internationaal Centrum et d’intal. La collaboration des syndicats et des ONG ont permis de toucher un large public.

Plusieurs de ces organisations souhaitent continuer sur cet élan et lancer une large campagne commune contre les assassinats politiques aux Philippines. Différentes organisations se sont déjà inscrites. Le slogan sera “Stop the killings”. Il y aura des dépliants, des pins, un site web et des visiteurs des Philippines. Nous aurons donc besoin de toutes les aides proposées. Pour plus d’informations ou pour participer à la campagne : fgb@intal.be.