Donner naissance aux Philippines

Entre le couteau de cuisine et les hôpitaux impayables


L'histoire choquante de Jane, une Philippine de 28 ans, qui s'est administrée une césarienne au couteau de cuisine a choqué notre partenaire Gabriela aux Philippines. Cela démontre la non-existence d'un système de soins de santé accessible et efficace pour les plus démunis.


Pour Gabriela, si le pays avait un système de santé qui donnait la priorité à la santé maternelle, aucune mère ne devrait passer par une telle expérience. Selon le Center for Women Resources, il n'y a que 3.050 docteurs, 4.600 infirmières et 16.800 sage-femmes pour soigner les 90 millions de Philippins. L'échec de l'administration philippine pour réduire la mortalité maternelle justifie une révision immédiate des politiques de soins de santé.

Selon Gabriela, le gouvernement doit répondre aux questions plus fondamentales de chômage et de pauvreté en rendant accessibles les soins de santé aux femmes les plus défavorisées qui sont les premières victimes de complications qui pourraient être facilement évitées. La situation est de plus aggravée par le processus de privatisation mis en place par le gouvernement. Aujourd'hui, 26 des plus grands hôpitaux régionaux vont être privatisés (voir la photo ci-contre d'une action menée à ce propos par Gabriela devant le Ministère de la Santé). C'est pourquoi Gabriela continue sa campagne pour l'adoption de la Loi sur la santé reproductive qui permettra aux femmes philippines d'avoir accès à des soins de santé complets. Pour Gabriela, il y a un lien direct entre la privatisation des soins de santé et l'augmentation soudaine des morts maternelles sous les deux dernières années de présidence d'Aquino.

A côté de ça, Gabriela pointe également la réponse irresponsable et inappropriée du Ministère de la Santé ainsi que des unités locales du gouvernement qui veulent interdire aux accoucheuses traditionnelles d'effectuer des naissances à la maison pour des mères qui ne pourraient pas se payer des soins de santé coûteux et lointains. Le Président Aquino et le Ministère de la Santé sont en train de vendre leurs hôpitaux à des riches investisseurs, obligeant les cliniques à faire payer des montants astronomiques aux mères qui viennent accoucher et ils arrivent encore à interdire les accoucheuses traditionnelles de faire leur travail. "De quelle que manière que vous regardiez la situation, il s'agit ni plus ni moins pour l'État d'un abandon de son devoir qui est de faire en sorte que ses citoyens soient en bonne santé et vivants", analyse notre partenaire.

Afin de renforcer l'accusation de Gabriela d'abandon étatique de la santé publique, des coupes drastiques dans les budgets liés au personnel de santé sont à notées. Moins de personnel de santé signifie un appauvrissement des soins de santé liés à la natalité.

Il s'agit d'une sentence de mort pour des millions de femmes qui peuvent à peine faire face à la crise de l'emploi, la pauvreté et l'augmentation du coût de la vie. L'antenne régionale de Gabriela à Iloilo a rapporté que des inspecteurs du Ministère de la Santé ont effectué des contrôles dans des villages pour interdire aux accoucheuses traditionnelles d'offrir des soins aux femmes qui vont accoucher sous peine de pénalité.

Le Ministère de la Santé devrait arrêter son processus de privatisation s'il veut réellement atteindre l'Objectif du Millénaire pour le développement concernant la diminution de la mortalité, et plutôt engager plus d'infirmières et de sage-femmes, promouvoir l'éducation en santé maternelle dans les communautés et améliorer les connaissances des accoucheuses traditionnelles afin que celles-ci préviennent les complications liées à la grossesse, propose notre partenaire.

Article basé sur un article paru le 11 juillet 2012 sur Bulatlat.com.

 

Gabriela est un partenaire de l'ONG Médecine pour le Tiers Monde. Soutenez-les!