Toutes les 43 minutes, une femme est victime de violence

Violence faite aux femmes philippines


Mathilde, étudiante en coopération internationale à Namur, fait un stage de deux mois chez notre partenaire philippin Gabriela, une organisation qui oeuvre pour la défense des femmes. Elle a déjà pu expérimenter la violence faite aux femmes dans ce pays et nous fait partager ses impressions.


A l'instant où j'écris cet article, Obeth et Tin viennent de partir avec le papa et la grand-mère d'une victime de viol. Ils vont lui rendre visite à l'hôpital psychiatrique où elle se trouve. Son histoire tragique n'est qu'un cas parmi tant d'autres. D'après les chiffres de 2010, selon Gabriela, toutes les 43 minutes, une Philippine est victime de violence physique. Les violences contre les femmes (VAW) sont une triste réalité de tous les jours.

Depuis mon arrivée, j'ai pu apprendre ce qu'on entend par là, comment l’État réagit face à ça et ce que Gabriela fait pour ces personnes. Le département Health & Services duquel je fais partie s'attelle entre autre à ce fléau. Il mène des campagnes sur la problématique en général ou sur des cas précis, accompagne psychologiquement les victimes de VAW et leur fournit des soins. Il s'assure également qu'elles reçoivent une aide juridique. Plusieurs fois, j'ai eu l'occasion d'approcher cette problématique : lors d'un focus group, d'anciennes victimes de violences conjugales ont raconté leur histoire. Il y a quelques semaines, 9 femmes ont été prises en charge par Gabriela juste après être sorties de trafic sexuel. Pour finir, une de mes tâches est l'encodage dans une base de données des formulaires reprenant le déroulement de ces évènements intolérables. Récolter leurs témoignages constitue la première étape de l'assistance apportée par l'organisation.

Pour bien comprendre pourquoi les VAW sont si courantes ici, il faut prendre conscience de la place de la femme aux Philippines. Si vous consultez le Global Gender Gap Report 2011 du Forum Economique Mondial, vous constaterez que le pays se trouve en 8ème position. Vu comme ça, la situation a l'air presque idyllique. En réalité, à des hauts postes, la parité homme-femme est quasi respectée mais dans la population, ce n'est pas du tout le cas. Les repas, tâches ménagères, s'occuper des enfants et de la santé de la famille, c'est réservé aux femmes. J'ai pu remarquer que les membres des chapters (groupes locaux de Gabriela), qui ont pourtant une vision de la gente féminine émancipée, préfèrent rentrer s'occuper du mari quand il a fini de travailler. Aux Philippines, le système est patriarcal. Avant la venue des Espagnols, c'était l'inverse. La colonisation a amené des changements : autorisation du mari pour toutes les activités des épouses, pas le droit de posséder leurs propres terres ou propriétés, éducation uniquement religieuse et pour tenir la maison. Avec l'arrivée des Américains, la femme est devenue un objet sexuel et une force de travail bon marché. Les épouses sont progressivement devenues soumises aux maris. L'Eglise catholique très présente et très conservatrice n'arrange pas les choses. Je me trouve dans le seul pays où le divorce est interdit (excepté l'Etat du Vatican). Il existe bien des alternatives mais elles n'ont pas la même valeur juridique que le divorce et en plus de prendre des années pour aboutir, on refuse les demandes dans 95% des cas. Oui, même avec des raisons ultra motivées et légitimes, la séparation n'est pas garantie.

Les violences contre les femmes, chacun sait plus ou moins définir ce que c'est. On se doute moins de toutes les formes que ça peut prendre : viol, violence physique, harcèlement sexuel, prostitution, trafic sexuel, white slavery (esclavage sexuel) ou encore pornographie. Il y a aussi d'autres types de VAW : abus psychologiques (chantage, harcèlement, ...), économiques (spolier une femme de son argent par exemple), privation de liberté, etc. On peut aller encore plus loin en donnant des exemples de harcèlements sexuels ou en précisant les types de prostitutions : call girls, taxi girls (femmes qui attendent à l'intérieur d'un taxi pour rendre le trajet « moins ennuyant »), palit bigas (relation sexuelle pour avoir à manger en échange), akyat barko (quand des bateaux arrivent, des comfort women – c'est ainsi qu'on nomme les prostituées - vont rendre des « services » à l'équipage), ... Je m'arrête ici. Établir une liste exhaustive n'a pas beaucoup d'intérêt mais il y a tellement de sortes de VAW dont monsieur Toutlemonde ignore l'existence – ou mademoiselle Toutlemonde dans mon cas -, que je trouvais important d'en énoncer quelques unes.

Que peut-on faire quand on est confrontée à une telle situation ? Porter plainte et s'adresser à Gabriela. L'organisation est reconnue officiellement pour son assistance aux victimes.
En 2011, elle a reçu environ 500 plaintes. Dans le pays, près de 12000 plaintes ont été déposées l'année d'avant. A cela, il faut ajouter les agressions qu'on ne dénonce pas. La situation est donc préoccupante. L'Etat a adopté plusieurs lois et pris des initiatives. Dans le train ou le métro par exemple, des wagons sont réservés aux femmes. En effet, certaines personnes abusent de la promiscuité des lieux. Concernant les viols, il y a une loi contre ceux-ci et une autre pour assister les victimes. Avant on parlait de « crime contre la chasteté » : si l'on était violée après avoir perdu sa virginité, ça ne comptait pas ! On a aussi étendu cette loi au viol marital, qui lui non plus « n'existait pas ». Ont également été créés l'Anti-Sexual Harassment Act, l'Anti-violence against women and their children act et pour finir, l'Anti-Trafficking in Persons Act. Mais comme dit Tin, il y a de « good bases but bad people » : les lois existent mais ne sont pas toujours appliquées ou correctement adaptées. Lorsque qu'une femme va au commissariat pour rapporter les faits, elle doit s'attendre à ce qu'on lui demande ce qu'elle a fait. Dans les mentalités, si elle en est arrivé là, c'est qu'elle y est pour quelque chose. Autre exemple : devant la justice, il faut savoir prouver que le présumé coupable est réellement le violeur et que c'était une relation non consentie, ce qui n'est pas toujours évident.

Encore une fois, je constate que les priorités de Gabriela valent le détour et que le combat qu'elle mène contre les VAW a de réels effets ! C'était d'ailleurs le thème de la campagne lancée lors de son 25ème anniversaire. Ci-dessous, un lien vers son site IVOW to fight VAW, le spot de sa campagne et une petite vidéo sur la pétition originale qu'elle a fait signer.

vers le site de la campagne de Gabriela

Vous désirez en savoir plus sur nos partenaires aux Philippines? Rendez-vous sur le site de l'ONG qui soutient leur travail, Médecine pour le Tiers Monde.

Vous voulez soutenir nos partenaires? Cliquez sur l'icône ci-dessous et merci à vous!