
25-05-2009
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Mots-clés
- Echo's uit het Zuiden | Echo du Sud: CHD - Philippines
- Pays | Landen: Philippines
- Tags: Council for Health and Development, geneesmiddelen, toegang tot medicijnen
- Thème | Thema: Droit à la santé
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Pas de pharmacies bon marché dans les quartiers pauvres philippins
Aux Philippines, lorsqu’une personne désargentée souffre de diarrhée, elle peut se rendre dans une Botika ng Barangay, "une pharmacie de quartier". Elle y trouvera des médicaments à moindre coût. Ainsi, une tablette de loperamide ne lui coûtera que 1,05 pesos, alors qu'elle devra en débourser 14 pour acheter les mêmes comprimés dans une pharmacie traditionelle.
Dès 2001, les Botika ng Barangay ont été déployées aux Philippines. Largement plebiscitées par la présidente Gloria Macapagal Arroyo, dans le cadre d'un programme baptisé BnB, elles devaient faciliter l'accès des Philippins aux médicaments en leur proposent des substances génériques moins chères à l'achat.
En 2008, le gouvernement de Gloria Arroyo n’octroyait que 253 pesos (4 euro) à chaque Philippin pour couvrir ses dépenses de santé. C'est 27,5% de moins qu’en 1997! Pourtant, lorsqu'en avril 2008, il créait la 11.000ième botika, il n'hésitait pas à encenser son programme: "Les petites pharmacies de quartier sont présentes dans tout le pays. Elles sont destinées aux Philippins les plus pauvres afin qu’ils puissent acheter des médicaments
Hélas, le plan qui leur a donné naissance est loin d’être parfait. Il recèle beaucoup de pièges et de lacunes ….
Trop peu de botika ....
On ne trouve aucune Botika ng Barangay dans les provinces et les villages les plus pauvres des Philippines, précisémment là où elles seraient le plus utiles! Ainsi, si le pays compte 42 000 barangays (quartiers/villages), il ne comptabilisait en janvier 2009 que 12.341 botika.
"Tangkal est une des villes les plus pauvres des Philippines. 86% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Une sage-femme gère seule l’unique centre de santé. Un médecin y passe trois fois par semaine. Lorsqu’ils sont malades ou qu'ils doivent être hospitalisés, les habitants doivent aller à Kolambugan, la ville la plus proche. Or, ni Tangkal, ni Kolambuham ne disposent d'une pharmacie de quartier…"
Pour avoir une botika, un barangay doit rassembler au minimum 15.000 habitants. Par ailleurs, il doit pouvoir compter sur l'aide des autorités locales. Lorsque ces conditions sont remplies, le Ministère de la santé livre pour 25.000 pesos de médicaments. Ce capital - qui correspond tout au plus à 100 boîtes d’amoxicilline - est insuffisant pour assurer la viabilité d'une pharmacie. Le manque de médicaments, les faillites et la mauvaise gestion ont déjà provoqué la fermeture de quelque 200 botika
... pas assez de médicaments
Les médicaments qui permettent de soigner des maladies graves telles que la malaria, la grippe aviaire ou la tuberculose (la plus grande cause de décès aux Philippines) ne sont pas vendus dans les botika.
Le Ministère de la santé justifie cette décision car il dit craindre l'automédication?! Les personnes pauvres souffrant de ces maux sont donc abandonnées à leur triste sort! Elles peuvent toujours se rendre chez des détaillants privés. Malheureusement, ces derniers ne vendent pas de génériques moins chers à l'achat.
Les médicaments vendus dans les botika sont surtout des médicaments que l'on peut acheter sans prescription médicale ( over the counter) à savoir des remèdes contre la diarrhée (alors que la réhydratation et l'usage de certaines plantes pemettent de l'endiguer), la déshydratation, les maux d’estomac, la toux et les vertiges. Pour le reste, seuls 2 antibiotiques et quelques médicaments permettant de traiter le diabète, l'hypertension et l’asthme sont disponibles. Pour les trois derniers, les Philippins ne peuvent les acheter que depuis 2005.
Autre problème : les pharmacies de quartier manquent souvent de médicaments et les stocks sont insuffisants pour couvrir les besoins des communautés. En 2007, une étude sur les botika, réalisée par une université philippine révèlait que 11 d'entre elles ne disposaient généralement pas des deux antibiotiques qu'elles sont pourtant autorisées à vendre.
... et un manque criant de pharmaciens
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en 2004, les Philippines comptaient 1 pharmacien pour 1.664 habitants. Aujourd'hui, ce rapport s'est certainement creusé car les apothicaires partent à l’étranger, attirés par des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail.
Cette désaffection contribue à fragiliser le programme BnB. Premièrement, comme les médicaments vendus sur prescription médicale ne peuvent être cédés que par des pharmaciens et que ces derniers sont de moins en moins nombreux, les médicaments pré-cités ne sont plus vendus dans les botika. Deuxièmement, le manque de pharmaciens limite le nombre de pharmacies situées dans des régions difficiles d’accès, là où elles seraient le plus utile.
Dans les botika, seuls 7 médicaments sont disponibles sur ordonnance. C'est relativement peu. Il semble dès lors possible de former des personnes dans les communautés pour qu'elles puissent les vendre et veiller à ce que les malades prennent correctement leur traitement. Cette solution est loin utopique. Via les programmes de santé communautaires (soutenus par intal et mis en place par des ONG locales), les Philippins sont grandement sensiblisés au fait qu'ils doivent s'occuper de leur santé et la prendre en charge.
Des médicaments encore moins cher, c'est possible!
Le paracétamol qui permet de lutter contre la migraine et la fièvre est un des médicaments les plus vendus aux Philippines. Dans les botika, il coûte 50 centavos contre 2,74 pesos dans les centres commerciaux. D’autres médicaments comme le loperamide (1) et le glibenclamide (2) peuvent également être achetés à un prix dérisoire dans les pharmacies de quartier.
Aussi bon marché soient-ils, ces médicaments pourraient être encore moins chers. La Philippine International Trading Company Pharma Inc (PPI) fournit les médicaments à l'Etat philippin. Or, les prix payés par le gouvernement sont deux fois plus élevés que ceux répertoriés dans l’index international de l’OMS.
"Le prix d'un grand nombre de médicaments pourrait décroître de 9 à 48% s'ils étaient acheter à d’autres fournisseurs que la PPI !"
Le PPI augmente continuellement ses prix, mais le gouvernement n’a ni le culot, ni la volonté politique de contrer les grandes multinationales. Or, aussi longtemps qu'elles monopolisent le marché et qu'elles décident des prix, l'accès de la majorité des Philippins aux médicaments restera une utopie.
Le docteur Eleanor Jara, directrice de CHD, une des organisations-partenaires d'intal aux Philippines n’oubliera pas ce qu’elle a vu à Mindanao, lors d'une visite organisée pour deux délégués de l’Union Européenne : "La pharmacie de quartier se composait d’une petite armoire d’à peine un mètre de haut. Elle ne contenait que quelques médicaments et aucun personnel n'était présent. C'est en rougissant que j'ai du présenté le programme-BnB!".
Notes:
(1) 1,05 pesos au lieu de 4.10 pesos.
(2) 78 centavos au lieu de 8,90 pesos.
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