Développer nos partenariats avec le Sud: ce n'est pas évident mais ça en vaut la peine!

Rencontre des partenaires 2009 : une étape d'un processus passionnant.

Dans le monde des ONG, le terme partenariat est aussi sacré que les vaches en Inde : tout le monde en parle avec respect même s'il arrive qu'elles dérangent. Promouvoir des partenariats équitables avec le Sud est important mais transposer la réalité en pratique n'est pas toujours aussi évident qu'on le pense.

Lorsqu'il s'agit d'aborder les principes d'efficacité et de gestion axés sur les résultats, en vogue depuis quelques années dans le milieu de la coopération au développement, les choses se compliquent encore davantage. A cela s'ajoutent les financements du Nord accordés au Sud qui ne favorisent pas la mise sur pied de partenariats équilibrés. Lorsque la dépendance financière montre le bout de son nez, des principes comme le respect mutuel, les relations à long terme, la responsabilité partagée, etc restent des défis colossaux.

Le centre de gravité au Sud

Fonds de Soutien Tiers Monde, l’ONG qui soutient les partenaires d’intal au Sud, est très sérieuse lorsqu'il s'agit d'évoquer les partenariats. Il ne s'agit pas d'un travail à prendre à la légère. Ils n'hésitent à remettre en question ces derniers en vue de les améliorer et de les renforcer.

Nous organisons régulièrement des rencontres entre partenaires. Notre dernière rencontre a eu lieu fin août et a consisté en dix jours de présentations, de discussions, de workshops et de visites de terrain. Nous nous sommes réunis avec nos partenaires des Philippines, de la République démocratique du Congo et de l’Amérique latine. Le représentant des partenaires palestiniens n'a pu venir car les autorités israéliennes ne l'ont pas autorisé à sortir du pays.
Nous avons été particulièrement ambitieux car, pour la première fois, nous avons organisé cette réunion non pas à Bruxelles mais dans un des pays partenaires : aux Philippines. Nos partenaires philippins nous ont proposé d’être nos hôtes.
L'environnement était idéal pour accentuer le fait que le point de gravité de la coopération au développement doit se situer dans le Sud. Pour garantir que les partenaires du Sud puissent participer de manière optimale aux discussions, nous sommes restés assez vagues sur les objectifs de la rencontre et n’avons déposé aucun document déjà travaillé sur la table. Une partie de l’agenda a d'ailleurs été rédigé sur place avec tous les participants. Des bénévoles et quelques permanents d'intal était présents. Ils ont participé aux réunions sur pied d'égalité avec les autres partenaires.

Résultats concrets

Le projet était risqué mais a bien fonctionné. Avec pour deux mots-clés de départ: “partenariat” et “apprentissage”, les résultats finaux ont dépassé toutes les espérances. Après dix jours de discussions, nous avons rédigés deux documents approuvés par tous: un document qui définit nos conceptions globales d' un partenariat ainsi qu'un plan d’action futur. Tous les participants soumettront ces documents à leurs organisations respectives.

Le texte sur le partenariat explique les raisons principales de ce dernier. En premier lieu, cela profite à notre travail de tous les jours – et donc aux groupes cibles –, mais cela nous rend également plus forts pour travailler sur une vision à long terme. Les partenariats nous permettent l’élaboration de programmes communs et favorisent l'apprentissage mutuel. Un autre objectif identifié est le renforcement et le développement de l’organisation qui mène à un travail plus efficace, des campagnes plus fortes, ou à la construction d’un mouvement de solidarité plus large.

Le document énumère aussi les critères pris en considération pour choisir les partenaires:

  • Une vision commune;
  • La capacité à atteindre des résultats;
  • Les stratégies utilisées;
  • La synergie et la complémentarité avec d’autres partenaires; ainsi que
  • La pertinence de leurs activités pour les groupes cibles finaux.

Enfin ce document définit également les caractéristiques d'un “partenariat de qualité”:

  • Un consensus réciproque;
  • Une communication efficace;
  • Une transparence concernant tous les aspects de l’organisation;
  • Le respect de l'autonomie et de l'indépendance de chacun;
  • Une relation non pas basée sur des contacts d’individus à individus mais construite entre deux organisations sur base de procédures claires;
  • Une relation de solidarité qui ne s'arrête pas au simple financement mais va plus loin;
  • Un apprentissage mutuel avec l’innovation pour point commun.

Plan d’Action

Le plan contient quelques propositions concrètes pour améliorer la communication. Il est assez étonnant de voir que les partenaires du Sud demandent surtout plus de communication de la part du Nord vers le Sud. Il a donc été décidé de présenter annuellement un rapport à nos partenaires du Sud.

Un point faible à améliorer reste la documentation des actions et expériences réussies. Il se passe tellement de choses intéressantes sur le terrain qui ne se retrouvent jamais dans les rapports formels. Sur cette base, il y a beaucoup à partager et à apprendre les uns des autres. Nous avons donc mis en place des plans concrets afin de partager nos bonnes expériences. Nous voulons explorer la technique du « Changement le plus significatif ». Celle-ci pourrait nous aider à le faire. Nous avons également envisagé l'idée d'un échange de personnel entre les différentes organisations. En outre, des discussions concernant les stages au Sud et les voyages de solidarité, le travail en réseau via le mouvement populaire pour la santé (PHM) ainsi que la communication par le biais de la récolte de fonds ont été menées.

Un boomerang

La rencontre des partenaires est un projet qui a coûté pas mal d’efforts. Maintenant qu’elle est derrière nous, se pose la question des acquis et des leçons à tirer. Nous avons découvert la richesse des expériences de nos partenaires. Ce qui se passe sur le terrain reste passionnant et nous avons encore du chemin à faire afin de synthétiser et apprendre de ces expériences. Nos partenaires au Sud sont d’ailleurs très motivés pour échanger plus et apprendre l’un de l’autre. Nous devons promouvoir et développer ces processus à l'aide de méthodes adaptées.

La rencontre a également confirmé notre approche du travail en partenariat: un programme cohérent où nous travaillons avec les partenaires grâce à des objectifs communs. Nos partenaires sont très différents mais complémentaires et partagent une vision similaire de notre thème commun: le droit à la santé. En renforçant les activités communes, il existe de nombreuses possibilités d'apprentissage mutuel. Néanmoins, soulignons que ce type d'activité n'est pas simple à organiser et prend du temps au vu des barrières linguistiques, culturelles, et des différences de contexte socio-économique entre les participants.

La rencontre partenaires nous a permis de réaliser que nous avons vraiment construit des partenariats solides. Cela s'explique en partie parce que nous partageons une vision similaire. Nous avons réalisé que souvent nous avons plus de partenaires que nous le pensons. En effet, outre les organisations que nous finançons, certaines organisations avec lesquelles nous entretenons des relations de partenariats sans leur fournir de financement étaient présentes. Nous devrions d'ailleurs développer avec elles des contacts plus structurés.

En conclusion, nous avons encore pas mal de défis à surmonter. Lors de la discussion sur le partenariat, un nombre important de questions que nous posons souvent en tant qu'organisation d’aide au développement du Nord à nos partenaires du Sud nous sont revenues comme un boomerang. Qu’avons-nous à offrir à nos partenaires? Donnons-nous suffisamment d’informations sur notre travail? Sommes-nous vraiment prêts à partager la responsabilité entre le Nord et le Sud? Il y a encore du pain sur la planche mais ça en vaut la peine. La solidarité réciproque entre le Nord et le Sud offre une perspective d'avenir positive au renversement des rapports de force inégaux qui menacent notre monde. La rencontre n’était qu’une étape dans un processus passionnant qui est loin d’être terminé.