Un nouveau gouvernement en Israël : No news, bad news

Un responsable du Sawt el-Amel réagit à la constitution du nouveau gouvernement israélien


Sawt el-Amel est une association qui défend les droits des travailleurs palestiniens en Israël. Wehbe, un de ses représentants commente pour nous, le résultat des élections israéliennes. Au terme de la conversation et comme le prouve “l'affaire des cheminots”, une évidence s'impose : les discriminations à l'égard des Arabes israéliens se poursuivent et l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement n'y changera rien.


Les élections législatives israéliennes ont eu lieu ce 10 février. Le parti Kadima de Tzipi Livni et le Likoud de Benjamin Netanyahu sont sortis des urnes au coude à coude. Par ailleurs, les résultats ont révèlé une percée de la droite extrême conduite par Avigdor Lieberman dont le parti Yisraël Beiteinu devient la troisième force politique du pays.

Au sein du nouveau gouvernement, Avigdor Lieberman occupe le poste de ministre des Affaires étrangères. Le parti ultra-orthodoxe Shass – qui refuse toute  "concession à propos de Jérusalem" - obtient quant à lui quatre portefeuilles ministériels. Les travaillistes, grands perdants de ce scrutin ont eux aussi intégré l'équipe gouvernementale.

Né en ex-URSS, Avigdor Lieberman est un ancien videur de bar. Il a émigré en Israël il y a 30 ans. Dans son programme, Lieberman prévoit de retirer la nationalité israélienne à toutes les personnes qui ne font pas allégeance à l'Etat sioniste. Inutile de dire que cette mesure vise exclusivement les 20% de Palestiniens qui vivent en Israël. Son parti souhaite également renforcer l'isolement de Gaza et se prononce en faveur d’une séparation claire entre Israël et le futur État palestinien. Pour autant, le leader d’Yisrael Beiteinu n'entend pas respecter le tracé de la Ligne Verte et souhaite le modifier par le biais de transferts territoriaux : ainsi Israël conserverait-elle Jérusalem-Est et les grands blocs de colonies, tandis que le futur État palestinien obtiendrait la souveraineté sur une très petite portion du territoire israélien où résident actuellement les communautés arabes israéliennes, ce qui est notamment le cas de la région d’Umm El Fahm.

Pour Wehbe, représentant de Sawt el-Amel, une organisation de travailleurs palestiniens sise en Israël (Nazareth) “la percée d'Avigdor Lieberman ne fait que reflèter l'opinion générale des Israéliens à l'égard des Palestiniens qui vivent dans l'Etat juif”. Par ailleurs, il ne croit pas que “l'action du nouveau gouvernement sera novatrice”. Et pour cause, “depuis l'établissement de l'Etat d'Israël en 1948, aucun gouvernement n'a pris en considération les droits des Palestiniens vivant en Israël. Quels que soient les partis au pouvoir, leurs politiques restent relativement identiques et renforcent les dicriminations sociales, économiques et politiques dont nous souffrons.”

Pour appuyer ses propos, Wehbe évoque le projet pilote, Wisconcin. Lancé en aout 2005 par Benyamin Netanyahu, ce programme vise à remettre à l’emploi les chômeurs de longue durée. Dans les faits, il permet surtout de restreindre le nombre des allocataires en les privant d'aides ou en leur proposant un travail précaire mal rémunéré. Aujourd'hui, il apparaît que ce plan affecte essentiellement les Palestiniens d'Israël et plus particulièrement les femmes, davantage victimes de discrimination sur le marché du travail.

Malgré ce contexte difficile, Sawt el-Amel est prêt à agir contre “toute mesure gouvernementale discriminatoire portant atteinte aux droits des travailleurs palestiniens en Israël”. Très récemment, l'organisation s'est ainsi mobilisée pour venir en aide à des dizaines de cheminots brutalement licenciés par la société des chemins de fer israélienne. Ces renvois sont intervenus suite à une décision de l'entreprise exigeant des gardiens des voies ferrées qu'ils portent une arme. Or, en Israël, il faut avoir fait son service militaire pour pouvoir être armé ce qui exclut d'office les travailleurs arabes qui ne sont pas appelés sous les drapeaux.

Une déléguation de Sawt el-Amel a rencontré les travailleurs licenciés. Par ailleurs, pour s'opposer à cette décision injuste et révoltante, le syndicat a lancé une pétition. Pour Wehbe, “les Palestiniens d'Israël doivent se défendre et continuer à revendiquer leur droit à l'égalité, comme ils l'ont toujours fait", mais précise-t-il “Nous devons agir prudemment”. Webhe n'a pas oublié les événements d'octobre 2000, au début de la deuxième intifada, lorsque 13 Palestiniens ont été abattus par les forces de sécurité israéliennes, alors qu'ils manifestaient pour soutenir leurs compatriotes de Cisjordanie.