Le Rwanda soutient à nouveau les rebelles à l'Est du Congo. Kinshasa riposte


A l'Est du Congo, particulièrement dans la province du Nord Kivu, on signale des nouveaux combats entre l'armée gouvernementale et un groupe de rebelles Tutsi. La rébellion militaire a débuté en mars. La RDC accuse le pays voisin le Rwanda d'avoir recruté des rebelles. Kinshasa fait entre autre référence à un rapport interne de l'ONU.


La diaspora congolaise à Bruxelles ne sait pas trop quoi penser de cette rébellion. Les extrémistes de droite congolais sont assez influents. ils plaident pour une guerre ouverte contre le Rwanda.

Le conseil de sécurité des Nations Unies a condamné le 15 juin la rébellion militaire et a demandé aux pays voisins d'empêcher que les rebelles reçoivent de l'aide extérieure. Les Nations Unies ont des rapports qui montrent l'implication du Rwanda dans cette rébellion. Un premier rapport du 23 mai 2012 relate les témoignages de 11 rebelles qui se sont rendus trois jours plus tôt auprès des casques bleus de l'ONU dans la force de paix Monusco. Ils racontent qu'ils ont été recrutés entre février et avril au Rwanda sous prétexte de devenir des soldats de l'armée rwandaise. En passant d'abord par un hôtel, puis un camp militaire, où ils ont reçus des uniformes et des armes, ils ont débarqué dans un camp d'entrainement au Congo. Ils ont pu dénombrer environ 270 autres recrues. Ils ont, ainsi, été enrôlés dans la soi-disant rébellion M23.

Ce mouvement s'est créé en mars 2012 autour du général Bosco Ntaganda. Bosco appartient à la communauté des Tutsi congolais. Mais il est signalé depuis des années comme criminel de guerre. Il est signalé comme tel par le Congo depuis 2005 (pour torture entre autre) et depuis 2006 par la Cours Pénale Internationale de La Haye (entre autre pour le recrutement d'enfants dans une milice). Il a joui de la protection du général Laurent Nkunda jusque fin 2008. Comme Bosco, il est un criminel de guerre qui opérait à l'Est du Congo avec le soutien du Rwanda et l'approbation implicite des puissances occidentales. Mais en cette fin 2008 Nkunda tombe en disgrâce à Washington. Dans un remarquable changement d'alliances, il est arrêté par le Rwanda (!) en 2009. Des observateurs parlaient du premier exploit diplomatique du nouvel élu président américain Barack Obama.

Bosco Ntaganda succède à Laurent Nkunda à la tête de la rébellion Tutsi. Au début 2009, pendant que le Congo et le Rwanda entamaient des opérations conjointes contre des rebelles Hutu à l'Est du Congo, Bosco a fait un accord avec le gouvernement congolais (1). Avec ses troupes de rebelles Tutsi il intègre l'armée congolaise où il garde son grade de commandant. Les trois années suivantes des officiers Tutsi de la tendance Nkunda-Bosco occupent des postes-clés dans la hiérarchie militaire de l'Est du Congo. Ils prennent également le contrôle d'une partie de l'économie, entre autre dans le secteur minier et la contrebande des minerais. Bosco n'est pas inquiet, probablement trop de rivales craignent les dénonciations qu'il pourrait faire sur leur rôle dans les transactions (deals) cachées ou illégales.

On veut la peau de Bosco

Les choses prennent une autre tournure après les élections de novembre 2011 au Congo. Des groupes d'action se plaignent de la détérioration des droits de l'homme. Ils déterrent le dossier de Bosco Ntaganda. “Bosco Ntaganda est l'araignée dans la toile de violence et le pillage au Nord Kivu à l'Est du Congo” écrivait Mo*Magazine fin janvier 2012. Les groupes d'action s'étonnaient qu'un criminel de guerre puisse rester tranquillement en fonction dans l'armée congolaise. Beaucoup de ces groupes n'aiment pas l'administration du président Kabila du Congo. Le soutien du mouvement politique de Nkunda et Ntaganda, le CNPD, pour la candidature de Kabila dans la campagne électorale apportait de l'eau au moulin aux groupes de la défense des droits de l'homme et à l'opposition politique. Ils étaient à leur tour soutenus par la diplomatie occidentale. Début février le ministre belge des affaires étrangères, Didier Reynders, déclarait qu'il fallait procéder à l'arrestation de Bosco, sans que cela puisse embraser toute la région. Pendant sa visite en mars il aurait répété ce point de vue au président Kabila. Le 12 avril Kabila déclarait qu'il fallait arrêter Bosco mais qu'il devrait être jugé au Congo.

Cette déclaration était le signal d'une nouvelle mutinerie pour Bosco. Les semaines suivantes les sympathisants du CNPD et des déserteurs Tutsi quittaient l'armée congolaise pour rejoindre la rébellion. Bosco et quelques centaines de mutins se sont d'abord retirés dans la région de Masisi Nord Kivu. Quand il a été chassé par l'armée congolaise, il s'est déplacé avec sa milice dans une zone à la frontière congolo-rwandaise. On estime qu'il y a 600 rebelles. Les rebelles du CNDP se font appeler maintenant le Mouvement du 23 mars (M23). Ce nom se réfère à l'accord du 23 mars 2009 entre Bosco et le gouvernement congolais. Dans cet accord des promesses ont été faites aux rebelles du CNPD: des fonctions, des tâches et des récompenses dans l'armée congolaise.

Le gouvernement congolais se défend. Il était supérieur d'un point de vue militaire jusqu'à maintenant. Des troupes d'élite de l'armée congolaise encerclent le bastion de Bosco dans la province du Nord Kivu. Des observateurs belges affirment que les unités qui sont particulièrement combattives, comme le 322ème bataillon, ont été entrainées par des instructeurs belges.

Kinshasa mène aussi une offensive diplomatique. Ses émissaires ont parcouru d'autres pays de la région, comme le Burundi, la Tanzanie et l'Angola, qui leur ont assuré leur soutien explicite. Le 14 juin Raymond Tshibanda, ministre congolais des affaires extérieures exige dans une lettre adressée au Conseil de Sécurité des Nations Unies une condamnation immédiate de la rébellion et du soutien du Rwanda. Le 15 juin le Conseil de Sécurité des Nations Unies a répondu favorablement à cette demande, comme expliqué plus haut.

Mais pourquoi le conseil de sécurité de l'ONU attend-il?

La lettre de Tshibanda est déjà publique. Il écrit que des sources diverses sont unanimes: le Rwanda a aidé la mutinerie de Bosco et ses adeptes. “Nos troupes ont saisi 38 tonnes d'armes des rebelles”, écrit Tshibanda, “et pourtant leur force a été multipliée par dix quand ils se sont regroupés dans le triangle Runyoni-Mbuzi-Tshianza à la frontière avec le Rwanda”. Pendant les rébellions Tutsi précédentes, soutenues par le Rwanda, au Nord Kivu, les pouvoirs occidentaux ont abandonné le Congo. Cette fois-ci c'est différent. Le 11 juin James Entwistle, l'ambassadeur américain au Congo visitait la ville de Goma au Nord Kivu . Radio Okapi mentionnait que, selon Entwistle, le Congo a le droit « d'anéantir le M23». Quel revirement étonnant dans l'attitude de Washington le plus important sponsor du régime du président Kagame de Rwanda. Faut-il comprendre que les Etats-Unis trouvent qu'il est temps de mettre fin aux rébellions récurrentes à l'Est du Congo?

Mais le Congo est depuis plusieurs décennies convoité par les grandes puissances. Aucun incident ne se déroule ni est traité normalement. A chaque fois, et à nouveau maintenant, des facteurs insoupçonnés interviennent en arrière-plan. Pour indication: au sein du Conseil de Sécurité de l'ONU des discussions ont lieu sur le rapport du groupe d'experts de l'ONU pour le Congo. Ce groupe fait des recherches sur d'éventuelles violations de l'embargo partiel sur les armes pour le Congo. Embargo qui est toujours d'application. Ont-ils des preuves plus convaincantes de l'implication de Rwanda dans cette nouvelle rébellion du CNPD? Il est un fait que certains experts font tout pour remettre à plus tard la publication de ce rapport.

La journaliste Colette Braeckman mentionnait dans son blog du 15 juin une évolution inquiétante de la situation militaire. Pendant que l'armée congolaise se regroupe autour des positions de Bosco au Nord Kivu, le Rwanda aurait envoyé des troupes dans la région de Cyangugu, en face de la ville de Bukavu au Sud Kivu. Colette Braeckman écrit que selon des observateurs militaires dans la région, l'action de Bosco au Nord Kivu serait une manœuvre pour regrouper les meilleurs troupes de l'armée congolaise là-bas et ainsi « libérer d'autres fronts potentiels ou des surprises sont en préparation... ».

Dans le passé, les conflits à l'Est du Congo ont toujours été utilisés par les puissances occidentales pour coincer le président Kabila. Est-ce également le cas maintenant? Colette Braeckman disait à ce propos ceci le 15 mai: « En 2009, lorsque les opérations militaires conjointes entre le Rwanda et le Congo avaient été décidées dans le but de démanteler les bastions des Hutus rwandais, qui abritaient encore bon nombre de « génocidaires », les condamnations et mises en garde n’avaient pas manqué, sous prétexte que les populations civiles allaient être les premières victimes de cette intervention militaire. Or cette fois, les mêmes milieux ont exercé de vives pressions sur Kinshasa, afin que, sans attendre, les autorités congolaises se saisissent de Bosco Ntaganda et le transfèrent à la CPI. » Le but était peut être de mettre le président Kabila en difficulté sur le plan politique?

La propagande haineuse à Bruxelles

Provisoirement le Congo semble garder le dessus. Le Rwanda a du récemment envoyer son ministre des affaires étrangères à Kinshasa, qui a été reçu par le président Kabila le 19 juin. Le Congo et le Rwanda avait conclu une relation amicale en 2009 et le Congo ne veut pas qu'elle soit rompue. Le Rwanda a promis de collaborer avec le Congo. De leur coté les Etats-Unis devraient être beaucoup plus fermes s'ils veulent rétablir et maintenir la paix à l'Est du Congo.

Des forces congolaises radicales de droite qui ont une grande influence dans la diaspora belge ont appelé à la guerre contre le Rwanda. Ce mot d'ordre émane du groupe APARECO de Honoré Ngbanda, l'ex-chef des services de sécurité du dictateur Mobutu. Ngbanda réside en France. A partir de là, il envoie des commandos paramilitaires partout en Europe. Début juin APARECO a diffusé un communiqué. Le titre: Nous voulons la guerre rien que la guerre avec le Rwanda! Quelle est la réaction de notre pays à cette propagande extrémiste de droite? Jusqu'à aujourd'hui rien n'est fait.

Selon des correspondants congolais à Bruxelles, la communauté congolaise suivrait le conflit au Kivu avec beaucoup d'intérêt. « La plupart des gens », dit un journaliste congolais de Bruxelles, « sont étonnés de voir que Kabila veut une action contre M23 et le Rwanda. Depuis des années, on leur bassine les oreilles que Kabila n'est pas un Congolais mais un Rwandais. Ils ne savent pas quoi penser de la situation. »

(1) Jean-Claude Willame, L’opération rwando-congolaise et les « affaires » Nkunda et Ntaganda. Les impératifs contradictoires de la justice et de la politique, 2009.

Cet article est paru déjà sur le site: dewereldmorgen.be

Traduit par: 
Lieve Vandamme