Le rapport Goldstone sur Gaza: Israël coupable de crimes contre l’humanité

Habitations détruites par les bombes Israéliennes.

Beaucoup d'entre nous se rappellent les images sanglantes de la guerre de Gaza de l’hiver 2008-2009: femmes et enfants assassinés, corps mutilés, écoles et hôpitaux bombardés, habitants de Gaza affolés ne trouvant nulle part où se protéger. Représailles aux raquettes Quassam du Hamas? Ou Israël dévoile-t-il son vrai visage? Un récent rapport de l'ONU tente de répondre à ces questions et n'est pas accueilli positivement par tout le monde.

L’indignation internationale concernant l’intervention brutale de l’armée israélienne à Gaza fut en effet importante. Le 3 avril 2009, le Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies a décidé de mettre sur pieds une commission pour enquêter sur les violations du droit humanitaire international, présidée par Richard Goldstone, un juge sud-africain expérimenté en droit international. Cette commission ne bâcla pas son rapport : elle se déplaça deux fois sur les lieux du conflit dans la bande de Gaza, elle organisa des sessions publiques de témoignages et a obtenu près de 200 interviews.
C’est le 29 septembre 2009 que la commission présenta le Rapport Goldstone au Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies qui provoqua des réactions très diverses autant de la part des Israéliens que des Palestiniens, avec beaucoup d’animosité dans les médias. Quel est le contenu précis de ce rapport de 452 pages ?
 

"Raser Gaza"

 
Si la commission critique l’intervention du Hamas avec ses lancements aléatoires de raquettes Quassam sur Israël, la majorité de ce rapport détaille l’atteinte au droit international par Israël. La première partie du rapport détaille un certain nombre de faits qui se sont déroulés pendant le conflit de Gaza. Dans les chapitres suivants sont relatés les objectifs et la stratégie militaire d’Israël. La question que la commission s'est posée est la suivante : « L’intervention brutale de l’armée israélienne était-elle une suite d’erreurs d’appréciation, consistait-t-elle en agissements de quelques individus grossiers (« rough elements »), ou était-elle la démonstration d’une politique consciente planifiée par Israël ? (1)
La conclusion de la commission est la suivante : « La doctrine militaire qui préconise une utilisation non-proportionnelle de la violence et qui considère la destruction maximale de vies humaines comme moyen légitime d’atteinte des objectifs politiques et militaires est à l’origine des destructions excessives… »
Le rapport réfère à la doctrine Dahiya qui doit son nom à un quartier-sud de Beyrouth qui fut l’épicentre du Hezbollah lors de la guerre du Liban en 2006 et qui fut pratiquement complètement détruit par les bombes israéliennes. Le colonel israélien en retraite Siboni décrit la doctrine Dahiya : « Lors du début des hostilités, l’armée israélienne doit immédiatement réagir d’une manière décisive avec un déploiement non-proportionnel aux menaces et actions menées par les belligérants. La réplique à pour objectif d’apporter des préjudices et punitions qui exigent un processus de reconstruction long et onéreux ». Voilà exactement le scénario qui fut appliqué lors du conflit de Gaza.
Israël a présenté la guerre comme une obligation qu'a chaque pays de protéger ses citoyens. Cette façon de justifier ses actes n’est en fait qu’une façade, ce que nous pouvons déduire des propos tenus par le vice-premier ministre Eli Yisha qui fait référence au rapport. Au début du conflit, il déclare : « Il est possible que nous détruisions Gaza afin que les Palestiniens comprennent qu’ils ne doivent plus nous chercher noise (« not to mess with us »). (…). Mon opinion est que nous devons raser Gaza et détruire ainsi des milliers d’habitations, les tunnels de passage et les usines ». Cette façon d’envisager le déroulement du conflit est bien disproportionnée à l’obligation de protection des citoyens israéliens. Au mois de février 2009, Eli Yisha ajoute : « Même si les raquettes explosent en plein air ou atteignent la mer, nous devons démolir leurs infrastructures en détruisant 100 habitations par raquette lancée ».
 

Devons-nous condamner ou justifier les actes d'Israël ?

 
La conclusion de Goldstone&Co est celle-ci : « La commission estime que les incidents et les faits décrits dans le rapport sont le résultat de décisions politiques et d’un plan élaboré. (…). Sur base des données existantes, la commission est convaincue que certains actes du gouvernement israélien sont susceptibles d’être condamnés comme crimes contre l’humanité par un tribunal compétant. (2)
Il n’est pas étonnant qu’Israël conteste ce rapport avec acharnement. Israël a même été jusqu'à créer un site Web bidon pour contredire le rapport : http://www.ungoldstonereport.com/
Le 15 octobre, le rapport fut à nouveau discuté au sein du Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies. La résolution qui est soumise au vote demande uniquement la transmission de ce rapport au Secrétaire Général des Nations Unies Ban Ki-Moon sans déclarer Israël coupable de crimes contre l’humanité. Pour les amis d’Israël, cette résolution est déjà une étape de trop. Ont voté contre: Etats Unis d’Amérique, l’Italie, les Pays Bas, la Hongrie, la Slovaquie et l’Ukraine. 27 pays votent enfin pour la résolution affaiblie. Et la Belgique? Tout comme 10 autres pays - principalement européens- elle s’abstient…
 
 
(1) Report of the United Nations Fact Finding Mission on the Gaza conflict, p.250, alinea 1178
(2) Ibid., p.21, alinea 61 en p.25, alinea 75
 

 

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Pierre Plouvier