La justice arrivera-t-elle avec Aquino ou veut-il seulement le faire croire?

Des activistes philippins des droits de l’homme en visite chez intal


Le 30 juin 2010, Benigno Aquino a entamé son mandat de président des Philippines. Les défis sont nombreux, l’attente énorme, l’optimisme chez de nombreux Philippins est en veilleuse. Une délégation de quatre activistes des droits de l’homme, manifestement fatigués mais déterminés, est venue témoigner lors d’une conférence de presse chez intal. Leur message: justice doit à présent être faite.


"Des travailleurs de la santé stigmatisés comme des ennemis de l’état"

“Cela me rend furieux. Je suis lassé de raconter tout ce qui va mal aux Philippines, mais il le faut”, soupire Edre Olalia sur un ton déterminé. Il est un des avocats dans l’affaire ‘Morong 43, ces 43 travailleurs de la santé qui ont été injustement arrêtés début février et qui sont toujours en prison. “Toute la machine de l’Etat fonctionne depuis des années contre les gens. Des travailleurs de la santé qui s’impliquent au quotidien pour les plus pauvres et qui ne veulent pas quitter le pays pour un job mieux payé à l’étranger, sont stigmatisés comme des ennemis de l’Etat et emprisonnés. Quelle sorte de pays agit ainsi ?”

Médaille de bronze

Parmi les travailleurs de santé, il y a aussi quelques collaborateurs et bénévoles du partenaire d’intal, le Council for Health and Development (CHD). Roneo Clamor, le mari du docteur Merry Mia (CHD) qui a aussi été arrêtée, raconte comment cela s’est passé. “Sur l’ordre de perquisition ne figurait que le nom de la rue, pas de numéro de maison. La police pouvait donc perquisitionner n’importe quelle maison. La personne qu’ils étaient censés chercher n’a pas été trouvée. Mais l’arrestation a été un tel succès que le lieutenant qui la dirigeait a reçu une médaille de bronze”. Roneo montre des photos du lieutenant, tout sourire, et la file des membres des familles qui ne savent jamais s’ils pourront ou non voir les leurs pendant les heures de visite.

 

Interview III from intal info on Vimeo

Aquino s’est tu pendant 12 ans

Le 1er juin, lors d’une rencontre avec une délégation d’ambassadeurs européens, Aquino avait déclaré qu’on devait mettre fin aux exécutions extrajudiciaires et que les auteurs devaient être poursuivis et emprisonnés. Marie Enriquez, présidente de l’organisation philippine de défense des droits de l’homme Karpatan aimerait pouvoir le croire, mais elle voit peu de raisons d’être optimiste. “Aquino a siégé 9 ans au Parlement et 3 ans au Sénat, et il n’a rien fait. Sa famille appartient à la noblesse terrienne, qui n’a aucun intérêt à une réforme agraire pour laquelle tant de paysans philippins se battent. Les auteurs d’un massacre de paysans à l’hacienda Luisita – dans lequel sa famille aussi était impliquée – n’ont jamais été poursuivis. Aura-t-il le courage et le pouvoir nécessaires pour apporter un changement ? Il doit maintenant appliquer ce qu'il a pormis.

 

Interview II from intal info on Vimeo.

Bonne volonté d'Aquino?

Un autre massacre est encore dans les mémoires. En novembre 2009, 57 personnes, dont plus de 30 journalistes, ont été tués de sang froid. Deux accusés, des membres du clan Ampatuan, ont été remis en liberté. Carlos Zarate, un des avocats des victimes du massacre d’Ampatuan, a aussi perdu un collègue. “L’affaire continue à traîner. Deux juges déjà ont été déchargés de l’affaire et on essaie à présent de faire de même avec un troisième juge. L’affaire était tellement atroche qu’elle avait secoué la communauté internationale. Le dégoût et l’épouvante que cette affaire a provoqués, on ne les voit pas lorsque les assassinats sont perpétrés de façon plus isolée. Après 9 ans de présidence d’Arroyo, il y en a eu pourtant déjà plus de mille.

Doit-on attendre beaucoup d’Aquino ? Il y a de fortes chances pour qu’il s’occupe de “régler” quelques affaires, sous la pression internationale, qu’il fasse condamner quelques auteurs, sans doute pris dans les rangs les plus bas de l’armée philippine. Ces interventions seront une preuve de sa bonne volonté, mais cela ne changera strictement rien au climat d’impunité. Sous la dictature de Marcos, l’armée s’est permis tellement qu’aucun président aujourd’hui ne peut l’ignorer. Des militaires ont conquis partout des postes importants, au sein de l’administration, de la diplomatie, partout. En plus, les familles des victimes sont souvent trop pauvres pour pouvoir se permettre de longs procès.

 

Interview I from intal info on Vimeo.

“Les actions de solidarité internationale sont feintes”

Est-ce que la pression internationale peut aider ? C’est une question que l’on pose souvent aux activistes philippins lors de rencontres de solidarité à l’étranger. Edre Olalia : “Chaque fois que la pression internationale augmente, le nombre d’assassinats et de disparitions diminue. Mais cela ne s’arrête jamais. Nous sommes convaincus que sans la pression internationale, le nombre d’assassinats et de disparitions serait beaucoup plus important qu’aujourd’hui. C’est pourquoi la pression et la solidarité internationales sont nécessaires.”

“Mais il y a plus”, ajoute Marie Enriquez. “La solidarité internationale est aussi un appui moral. Pour les gens au pouvoir aux Philippines, les actions internationales sont un danger qu’il faut enrayer le plus vite possible. Lorsqu’un jour un médecin étranger renommé a dit que les Philippins peuvent être fiers de leurs travailleurs de la santé qui se mettent au service du peuple, cette déclaration a été balayée comme “fausse”. Pour les autorités philippines, n'importe quelle réaction comme celle-ci est toujours été créée de toute pièce.

Les membres d’intal et les sympathisants en étaient renversés. Nous n’avions jamais pensé que nous avions autant d’acteurs de talent. Découvrez-le par vous-mêmes:

 

Free the Morong 43! from Aude Espérandieu on Vimeo.

 

 

 

 


Traduit par: 
Claire Obolensky