Le Ministre Vanackere trépigne à l’idée de partir en guerre

La Libye peut-elle s'attendre à voir arriver des F-16 Belges?


Cela a-t-il trop duré, selon Verhofstadt, ou est ce qu’au contraire cela s’est passé à la vitesse de l’éclair comme le déclare le ministre des Affaires Etrangères Vanackere? Nous devons en tous les cas constater que les tambours de guerre, qui retentissaient depuis quelques semaines déjà derrière le rideau, ont pris totalement les devants de la scène depuis cette nuit.


La Belgique, de la bouche du Ministre Vanackere, ne laisse planer aucun doute à ce sujet. 'Nos' garçons se tiennent prêts si on y fait appel. Examinons de plus près le point de vue de la Belgique que Vanackere a explicité ce matin sur Radio 1 (1) .

Conditions pour une intervention

La Belgique envisage la possibilité d'une intervention militaire à 3 conditions. Premièrement, il faut une résolution des Nations-Unies qui autorise une intervention. Cette nuit, 10 membres du Conseil de Sécurité ont voté pour (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Bosnie-Herzégovine, Colombie, Gabon, Liban, Nigéria, Portugal et Afrique du Sud), 5 pays se sont abstenus (Chine, Russie, Allemagne, Inde et Brésil).
Deuxièmement, il faut une participation active des pays de la région. Elle entend par là le soutien de la Ligue Arable et de l'Union Africaine. Vanackere a dit que le Liban a du faire un grand effort pour la résolution et le matériel militaire nécessaire a déjà été livré aux insurgés via l'Egypte selon Rik Coolsaet (2) .
Enfin, il fallait également qu'il y en ait la nécessité sur le terrain. Cette condition est déjà remplie depuis quelques semaines. Officiellement, cette condition est concrétisée par la demande des opposants Libyens d'une zone d'exclusion aérienne, et il y a la question des droits de l'homme, mais dans les faits, la vraie “nécessité” est bien sur la richesse pétrolière de la Libye.

L'occupation de la Libye en cours de préparation

Vanackere a aussi indiqué clairement que la Belgique est en faveur d'une invasion militaire de la Libye. La résolution de l'ONU (3) stipule que tous les moyens possibles doivent être utilisés, tout en excluant le déploiement d'une force d'occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n'importe quelle partie du territoire libyen. Ce dernier point est une description très vague qui est complétée de façon créative par Vanackere afin de défendre une occupation de facto.
Et il a tout de suite expliqué comment cela devrait se passer. Premièrement, Benghazi doit être libéré afin de mettre fin aux effusions de sang contre tous ceux qui s’opposent à Khadafi. Dans un deuxième temps il y aura des enclaves, des zones de sécurité comme disent les Français, qui devront être progressivement élargies. Et enfin, Vanackere a déclaré que cela pourrait bien durer 1 à 2 années ...

La Belgique repart en guerre

Vanackere s’est directement attelé préparer la participation de la Belgique à ce qu’il appelle ce ‘théâtre de combat’. Après-demain, le dimanche 20 mars, l'OTAN se concertera afin de faire l'inventaire des possibilités des différents états-membres. Vanackere a déjà proposé des F-16 et des navires de la marine belge. Ce serait dès lors la deuxième guerre, après celle en Afghanistan, à laquelle la Belgique participe activement.

Vanackere indique également qu'il existe un large consensus au sein du Parlement belge, et que les partis qui ne sont pas dans la majorité pour le moment soutiennent aussi la résolution. Bizarrement, l'unique opposition semble venir du...ministre de la Défense De Crem. Dans le journal De Morgen du 18 mars, il décrit la zone d'exclusion aérienne comme étant un 'acte agressif' qui nécessite d'obtenir l'arrêt de tout le trafic aérien et également de détruire l'artillerie sur le territoire. Si De Crem, le bras droit des Etats-Unis en Belgique, semble être la seule voix critique, nous pouvons dès lors nous attendre à tout.

Conclusion

L'analyse de Vanackere semble correcte. Cette résolution de l'ONU est arrivée “à la vitesse de la lumière”. Les révolutions en Tunisie et en Egypte n'ont pu bénéficier du soutien de l'Occident qu'une fois que la population a elle-même chassé les dictateurs du pouvoir. Et jusqu'à aujourd'hui, l'Europe et les Etats-Unis préfèrent revenir le plus vite possible en Egypte et en Tunisie au 'business as usual'.

Mais l'hypocrisie qui règne aujourd'hui va encore bien plus loin. Cela fait déjà quelques semaines que des manifestations non-violentes ont lieu à Bahreïn afin d'exiger des réformes politiques. Ces protestations ont cependant été violemment réprimées au début de cette semaine. Bahreïn a même été chercher en Arabie Saoudite des troupes soutenues par l'Occident afin de faire le boulot. Le silence assourdissant qui planait à ce sujet ce matin à la radio dans l'interview avec Vanackere suggère que ce sont encore toujours les intérêts pétroliers qui dictent l'agenda de l'Occident.

Pour la manifestation nationale du dimanche 20 mars (4) , 8 ans après le début de l'occupation de l'Irak, nous pourrons ressortir de nos tiroirs les banderoles et les slogans de l'époque: 'Pas de guerre pour le pétrole'!
 

(1) - mms://wm.streampower.be/vrt/radio1/11_r1_och1_Libie_Vanackere_180311-snip_med.mp3

(2) - mms://wm.streampower.be/vrt/radio1/11_r1_och1_Libie_Coolsaet_180311-snip_med.mp3

(3) - www.un.org/News/Press/docs/2011/sc10200.doc.htm#Resolution

(4) - www.intal.be/fr/article/solidarite-avec-le-peuple-du-monde-arabe-non-une-intervention-militaire