La Syrie a besoin de paix, pas de davantage de guerre

Carte blanche de Ludo de Brabander, co signée par intal


Dans la nuit du 13 au 14 avril, les USA, la France et la Grande-Bretagne ont lancé des missiles sur des cibles syriennes, en “représailles suite à l’attaque chimique à Douma”, selon le premier ministre britannique Theresa May. Trump a déclaré qu’il s’agissait des “crimes d’un monstre”. Le président français Macron dit qu’il est prouvé que le régime syrien se trouve derrière cette attaque.


Les dirigeants des pays impliqués en savent apparemment plus que l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC), qui précisément aujourd’hui envoie une mission d’enquête en Syrie pour démêler le vrai du faux dans cette affaire. Le message dangereux délivré par les trois puissances est que cette enquête est superflue.

Il est frappant que Trump se réfère à l’attaque aux missiles perpétrée l’année passée en guise de réponse au présumé bombardement chimique de Khan Sheikhun. C’est pourtant son propre secrétaire à la Défense qui avait dit ceci il y a deux mois : “Les USA ne disposent d’aucune preuve qui puisse confirmer les affirmations des organisations humanitaires et autres selon lesquelles le gouvernement syrien aurait utilisé le meurtrier gaz Sarin contre sa propre population”. Ce faisant, Washington a corroboré indirectement l’intérêt d’une telle enquête.

L’utilisation d’armes chimiques est un crime de guerre horrible et elle doit être condamnée, mais, dans un Etat de droit, on attend d’abord les résultats de l’enquête avant de punir le coupable. C’est plus que nécessaire dans ce conflit complexe où la désinformation est utilisée plus que jamais.

Trop de questions doivent encore être éclaircies. Par exemple, on peut se demander quel intérêt le régime syrien aurait à recourir aux armes chimiques à Douma au moment où il était près de reprendre le dernier bout de territoire rebelle près de Damas et où l’accord pour le départ des rebelles était en cours d’élaboration. Le président syrien Assad est pourtant conscient des conséquences d’une attaque chimique, n’est-ce pas ? Il est peut-être responsable, c’est possible, mais il y a suffisamment de raisons pour ne pas nous laisser mener par les rumeurs et les suppositions. Avons-nous oublié que la population irakienne subit aujourd’hui encore les conséquences d’une guerre lancée sur base de fausses informations et de toujours introuvables armes de destruction massives ?

La question de la responsabilité n’est pas la seule qui présente un intérêt. L’opération militaire en amène toute une série d’autres. La Charte de l’ONU interdit une action militaire à l’encontre d’un autre pays, sauf s’il s’agit d’un acte de légitime défense ou s’il y a autorisation du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ce n’est clairement pas le cas. Il se peut tout à fait que la Russie couvre la Syrie avec son droit de veto. Mais n’en est-il pas de même avec les agissements d’Israël à Gaza, systématiquement protégés par les Etats-Unis qui opposent un veto à toute tentative de mesure et de condamnation ? Souhaitons-nous vraiment retourner à une situation où chaque pays peut par la voie militaire imposer ses intérêts et ses buts, ce qui signifie ni plus ni moins que le retour à la loi de la jungle ? Nous avons au contraire tout intérêt à maintenir le système de droit international et même à l’améliorer. Il est donc très étonnant que notre gouvernement affirme faire preuve de compréhension “pour l’action militaire de ses partenaires américain, français et britannique en Syrie”. Plus encore : Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN, dont notre pays est membre, exprime son soutien à celle-ci.

Une autre question est celle du sens et du but de l’opération militaire. Que veulent atteindre les pays agresseurs avec cette action isolée ? Montrer quelles sont les conséquences lorsque la “ligne rouge” est outrepassée ? Pourquoi alors cela n’a-t-il pas fonctionné ? Ou se peut-il que l’action militaire ait bien plus à voir avec l’agenda de politique intérieure tant de Trump que de May et de Macron, qu’il s’agirait d’une tentative de faire diversion ? Ou bien cela démontre-t-il une volonté de reconquérir une place dans le théâtre de guerre syrien, actuellement occupé par la Russie, l’Iran et la Turquie ? En tout cas, cette action rend un peu plus tendues les relations avec Moscou. On peut inclure que c’est un scénario idéal pour faire accepter des dépenses militaires plus élevées à la population.

Cela revient à jouer avec le feu. Les protagonistes dans cette histoire sont des puissances nucléaires et il ne faut pas beaucoup d’imagination pour avoir conscience de ce que pourraient être les suites d’une escalade. Une action militaire n’apporte en outre aucun soulagement aux victimes et risque d’augmenter encore les souffrances de la population syrienne. N’avons-nous rien retenu de l’Afghanistan, de l’Irak et de la Libye ? Il est facile de commencer ou d’intensifier une guerre, mais c’est une autre paire de manches que de la stopper. Pour la Syrie également, nous devons petit à petit comprendre que la solution n’est pas au bout du fusil. Après sept années de violences guerrières, la population syrienne a besoin de paix et non d’un supplément de bombes ou de missiles !

Carte blanche de Ludo de Brabander (Vrede vzw), co signée par intal, apparu sur de Morgen. Traduit par Grégory D'Hallewin.

Traduit par: 
Grégory DH.