
06-05-2008
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- information type: Information
- Intal groups: National
- Pays | Landen: Amérique Latine, Philippines, Autre pays
- Tags: Globalisering, voedsel, voedselcrisis, voedselzekerheid, crisis, voedselsoevereiniteit
- Thème | Thema: Droit à la santé, Justice sociale, Souveraineté
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La crise alimentaire en 12 questions et réponses
Ces deux dernières années, les prix des denrées alimentaires ont grimpé en flèche. En Belgique, nous le constatons chaque fois que nous allons au supermarché. Ailleurs dans le monde, et surtout dans les pays en voie de développement, ces hausses ont souvent des conséquences dramatiques.
Selon les chiffres de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les produits laitiers sont en moyenne 80% plus chers. Le prix de l'huile a doublé en deux ans et
Le riz constitue l'aliment de base de milliards d'individus. Photo: intal.le prix du blé a augmenté de 42%. Quant au prix du riz, aliment de base de milliards d'individus, son coût a globalement doublé depuis 2004, alors que ces deux derniers mois, il a crû de 50%. Dans plusieurs pays, ces hausses fulgurantes ont poussé les populations dans les rues.
Ces fluctuations de prix ne sont pas inhabituelles. Beaucoup de facteurs, prévisibles ou non les expliquent. Cependant, l'augmentation actuelle des prix revêt un caractère exceptionel. Premièrement, parce qu'elle frappe simultanément toutes les denrées alimentaires. Deuxièmement, parce qu'elle s'inscrit dans la durée.
La crise alimentaire est une affaire complexe. Gardons-nous d'y apporter des réponses simplistes. Tentons plutôt de l'analyser en répondant à 12 questions.
1. Les prix élevés des produits agricoles sont-ils une aubaine pour les paysans des pays en voie de développement?
Non. Depuis longtemps, les ONG dénoncent les prix trop bas des produits agricoles, sur les marchés mondiaux. Dans les pays du tiers-monde, plus de 70% de la population dépend directement de l'agriculture. Traditionnellement, ces pays exportaient plus de produits agricoles qu'ils en importaient. Lorsque les cours mondiaux grimpaient, ils dégagaient de plus gros bénéfices, augmentant d'autant les revenus de leur population.
Aujourd'hui, cette approche n'a plus cours. Pourquoi? Premièrement, parce que le commerce international des produits agricoles s'est profondément modifié. La plupart des pays du tiers-monde ne sont plus des exportateurs nets de produits agricoles. Sous la pression de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International (FMI), ils ont dû ouvrir leurs frontières et démanteler leurs barrières aux importations. Conséquence: les produits des multinationales et les denrées subsidiées des pays riches ont progressivement envahi leurs marchés, ce qui a plombé l'agriculture locale.
De nos jours, 70% des pays du tiers-monde sont devenus des importateurs nets de produits agricoles. Ils importent plus qu'ils n'exportent. Dès lors, lorsque les prix flambent au niveau mondial, ils doivent consacrer une part de plus en plus importante de leur budget, à la subsistance de leur population.
Deuxièmement, parce qu'il n'y a pas de lien direct entre les cours mondiaux des produits agricoles et le prix payé aux petits cultivateurs, dans le Sud. En d'autres mots, ce n'est pas parce que le maïs est 30% plus cher que le fermier mexicain augmente ses bénéfices dans la même proportion. C'est d'autant plus vrai, qu'aujourd'hui, beaucoup de paysans pauvres ne produisent plus pour vendre mais simplement pour assurer leur propre subsistance. Cependant, comme ils doivent souvent acheter une partie de leur alimentation, ils subissent de plein fouet l'augmentation des prix agricoles.
Rappellons aussi que plus un ménage est pauvre, plus la part du budget qu'il destine à son alimentation est importante. Les personnes, les plus fragiles financièrement peuvent concacrer ¾ de leurs revenus, à l'achat de denrées alimentaires. Elles sont dès lors, extrêmement vulnérables aux fluctuations des prix.
2. Peut-on parler de pénurie d'alimentaire? Est-ce la cause de la montée des prix?
En termes absolus, on ne peut pas parler de pénurie. Il y a assez de nourriture pour nourrir toute la planète. La terre pourrait même nourrir un nombre plus élevé d'individus. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la production de produits agricoles a crû en 2007, principalements aux USA, en Europe, en Chine et en Inde. Cependant, les prix sur les marchés mondiaux n'ont cessé d'augmenter.
Certains prétendent que la consommation croissante des classes moyennes chinoise et indienne serait responsable de la pénurie mondiale. C'est faux, même s'il est vrai que l'augmentation du pouvoir d'achat de ces groupes a une influence sur les volumes et les types d'aliments consommés. En effet, dès que des individus acquièrent davantage de moyens financiers, ils modifient souvent leurs habitudes alimentaires et exigent une nourriture plus élaborée. Ces changements largement conditionnés par la publicité ont une incidence sur l'agriculture. Ainsi en Chine, la consommation moyenne de viande par habitant et par an est passée de 20 kg à 50 kg, en l'espace de 40 ans. Or, pour produire un kilo de viande de boeuf, il faut plus de 8 kilos de blé.
Si ces évolutions sont significatives, il faut néanmoins préciser qu'il s'agit de phénomènes graduels, étalés dans le temps. De plus, la production de blé, en Chine et en Inde a crû ce qui a permis d'en diminuer les importations. Bref, il n'y a pas de raisons valables de pointer du doigt les Chinois et les Indiens et de leur imputer les augmentations récentes de prix.
3. Les conditions climatiques et le réchauffement de la planète ont ils joué un rôle?
On ne peut nier l'impact de ces deux facteurs. Ainsi, les experts s'accordent pour dire que le
les dérèglements climatiques ne permettent pas d'expliquer la crise alimentaire actuelle. Photo: intal. réchauffement de la planète a eu une incidence, quoique limitée sur la récolte de blé, en Australie. Néanmoins, la production mondiale de produits agricoles a augmenté en 2007. Les phénomènes météorologiques actuels n'ont rien d'exceptionnel. De plus, de tous temps, les hommes ont eu de bonnes et de moins bonnes moissons.
4. Quel est le rôle des biocarburants?
La production de denrées agricoles est consacrée en partie à la fabrication de biocarburant. Ces dernières années, le continent américain a massivement investi dans ce nouveau type d'énergie. Ils ont ainsi fortement subsidié la production de maïs, afin de convertir cette céréale en bioéthanol. Le prix du pétrole étant très élevé, ils ont choisi de développer une énergie alternative capable de les rendre moins dépendants de l'or noir, qu'ils doivent importer.
C'est une évidence, mais il est bon de rapeller que le maïs utilisé pour fabriquer des agrocarburants n'est plus disponible pour alimenter les populations. Or, pour remplir d'éthanol, le réservoir d'une grosse cylindrée, il faut 240 kilos de maïs. Cette même quantité permet de nourrir une personne pendant toute une année. De nos jours, 12% de la production totale de maïs est destinée à la fabrication de biocarburants. Cette proportion croît de jour en jour.
Aujourd'hui, les Etats-Unis produisent plus de 130.000 tonnes de maïs destinés à la synthèse de biocarburants. Cette production qui n'est pas vouée à l'alimentation des populations fait grimper le prix du maïs. Comme son prix augmente, les Etats cherchent à acquérir d'autres céréales. Cet "engouement" provoque à son tour, de nouvelles hausses de prix.
5. La production devient-elle plus chère?
Les hausses du prix du pétrole augmentent le coût des transports et des produits agricoles. Photo: intal.Le pétrole intervient entre autre dans la fabrication des fertilisants utilisés dans l'agriculture industrielle. Il est aussi indispensable pour acheminer les produits agricoles vers leurs points de vente. Lorsque son prix augmente, les hausses sont répercutées sur le prix des produits agricoles qui flambe à son tour.
Comme le pétrole est devenue une énergie très chère, la fabrication de biocarburant est intéressante mais potentiellement dangereuse, comme nous l'avons déjà démontré.
6. Les Etats peuvent-ils protéger leurs citoyens contre la montée des prix?
Les Etats peuvent se protéger de différentes manières. Premièrement, ils peuvent limiter leurs importations en favorisant une certaine autosuffisance. Mais comme nous venons de le dire, beaucoup de pays du pays du tiers-monde dépendent de leurs importations pour nourrir leur population. Ainsi, les Philippines achètent 5 à 10% du riz qu'elles consomment, alors que dans les années 80, elles exportaient une partie de leur production.
Depuis l'Antiquité, les civilisations ont constitué des réserves de nourriture pour pouvoir contenir la fluctuation des prix et répondre aux problèmes d'approvisionnement. Plus récemment, les Etats ont favorisé la création de stocks tampons. Ils détenaient ainsi un instrument leur permettant d'agir sur les variations de prix et les quantités de nourriture disponible. Quand par exemple, le prix du blé s'envolait, ils pouvaient déstocker une partie de leurs réserves et faire baisser son prix.
Depuis le milieu des années '90, les stocks alimentaires mondiaux baissent de presque 3,5% par an. Aujourd'hui, les réserves sont très réduites. Dès lors, la moindre secousse peut avoir d'énormes conséquences puisque les Etats n'ont plus les moyens d'agir.
7. Pourquoi les pays du tiers-monde sont-ils aujourd'hui beaucoup plus vulnérables? Pourquoi les mécanismes de protection ont-ils disparus?
A cause de la libéralisation du commerce mondial des denrées alimentaires. Le commerce international des aliments a longtemps été préservé du libre-échange, mais dans les années '80, lors des négociations qui allaient aboutir à la naissance de l'OMC, les pays riches ont imposé la libéralisation de l'agriculture.
Cette libéralisation s'est accompagnée de privatisation et dérégulations, imposées par la Banque Mondiale et le FMI. Les barrières qui auraient pu contenir les ravages occasionnés par le libre-échange de produits agricoles ont dû disparaître. Les services publics qui assuraient dans beaucoup de pays, la gestion des stocks alimentaires ont eux aussi été emportés. Conséquence? Maintenant que les prix s'envolent, il n'y a plus de stocks tampons pour les contenir.
Cette année les stocks de blé mondiaux vont baisser de 5% et atteindre le niveau de 1982. Cette chute est inquiétante puisque qu'à l'époque, les populations consommaient beaucoup moins de blé qu'aujourd'hui.
Depuis les années '80 les mêmes institutions internationales ont encouragé les pays pauvres à développer des cultures vouées à l'exportation. Les grands groupes agricoles ont ainsi influencé la production agricole et engrangé de plantureux profits grâce au commerce international d'aliments.
8. Ne savait on pas alors que ces stocks tampons étaient importants?
Si. En 2002, le Malawi a été touché par une famine. Cette dernière a été provoquée par d'intenses pluies qui ont détruit en partie la récolte de maïs. Néanmoins, cette catastrophe aurait pu être limitée si le pays n'avait pas suivi les conseils du FMI, de la Banque mondiale, de l'Union Européenne et des autres donateurs. Ces derniers ont exigé du Malawi qu'il place la gestion de ses stocks dans les mains d'une entreprise indépendante, non subsidiée. De plus, en 2001, ils lui ont conseillé de vendre ses réserves afin de rembourser ses dettes. Ironie du sort, ces dernières ont été en partie rachetées par des commerçants locaux qui les ont revendues, lors de la famine, en réalisant de platureux bénéfices.
9. Le fait de spéculer sur le cours des aliments a-t-il une incidence sur la crise mondiale?
Assurément. Dans le passé, spéculer sur la nourriture n'était pas très intéressant car les marchés étaient relativement stables. Aujourd'hui, avec la libéralisation du commerce alimentaire, spéculer sur la nourriture devient extrêmement lucratif.
A l'heure actuelle, la petitesse des stoks-tampons ne permet plus aux autorités d'agir pour stabiliser les marchés. De plus, la faiblesse des taux d'intérêt, du dollar et la hausse des prix pétroliers poussent les investisseurs à chercher de nouvelles voies leur permettant d'engranger rapidement des profits élevés. L'ensemble de ces facteurs constitue un environnement favorable à la spéculation. En misant sur certaines denrées, les spéculateurs font monter les prix, puis revendent en réalisant de gros bénéfices. Pour Jose Graziano da Silva, le représentant de la FAO pour l'Amérique Latine et les Caraïbes. "la crise actuelle est une offensive spéculative. Elle va se maintenir encore un moment".
10. En fait, qui profite finalement d'une telle crise alimentaire?
Grâce à la politique néolibérale, les multinationales de l'alimentaire ont acquis des positions monopolistiques, sur le marché mondial. Trois groupes: Cargill, Archer Daniels Midland et Bungela firme Monsanto contrôle à elle seule 1/5 du marché mondial des semences. Photo: intal. contrôlent le gros du commerce planétaire du blé. Quant à Monsanto, il détient un cinquième du marché mondial des semences.
Durant ces deux dernières années, le commerce mondial de nourriture a augmenté de 16%. Une bonne partie de cette croissance a été réalisée par le commerce de détail qui a augmenté de 40%, en deux ans. On a jamais vendu autant d'aliments alors qu'une crise alimentaire majeure secoue notre planète. Encore un paradoxe.
Conséquence: de super gains. Le géant agricole Cargill annonçait récemment que ses profits au dernier trimestre avaient augmenté de 86% (plus d'un milliard de dollars). Son grand patron, Greg Page a expliqué dans un communiqué de presse les raisons de cette "soudaine propérité". "La demande de nourriture et d'énergie dans les pays en voie de développement dopent la demande de produits agricoles. L'argent des investisseurs irrigue les marchés. Les réserves de blé sont au plus bas, depuis 35 ans. Les prix atteignent des sommets inégalés. Les marchés explosent. Dans de telles circonstances, Cargill a extraordinairement bien manoeuvré". En effet, les profits croissent et les assiettes restent vides, un "détail" que monsieur Page ne mentionne pas dans son communiqué.
11. Que font les dirigeants du monde pour endiguer la crise alimentaire?
Les dirigeants mondiaux sont appelés à augmenter l'aide alimentaire. George W. Bush a promis 200 millions de dollars supplémentaires pour la financer. Charles Michel, notre ministre de la coopération a lui aussi fait quelques promesses. Quant à Robert Zoellick, le président de la Banque Mondiale, il a lancé un appel pour obtenir 500 millions de dollars afin de financer le Programme alimentaire mondial (PAM).
D'autres politiciens et représentants d'institutions internationales comme le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, appellent eux à investir dans l'agriculture pour doper la productivité.
La réaction de ces politiciens montrent qu'ils ne veulent pas ou ne peuvent pas agir sur les véritables causes de cette crise. Nous ne manquons pas de nourriture. Dès lors, comment l'aide alimentaire peut-elle être une solution? De plus, dans un système où quelques firmes engrangent tous les profits, à qui profitera un regain de la productivité?
Les solutions fournies par ces hommes politiques prouvent que la crise les préoccupe moins que les protestations qu'elle suscite. Apparemment, ils espèrent que leurs mesures permettront d'éviter le pire et faire revenir le calme. Dès lors, aucune alternative à la gestion néolibérale de l'agriculture n'est proposée, aucune analyse critique de notre système économique n'est envisagée.
Les réactions de certaines de ces éminences sonnent d'ailleurs creux. Lorsqu'il était le négociateur américain, auprès de l'OMC, l'actuel président de la Banque mondiale, Robert Zoellick a torpillé toutes les propositions faites par les pays pauvres, pour atténuer l'impact de la libéralisation du commerce alimentaire.
12. Que pourrait-on faire alors pour résoudre la crise alimentaire?
L'aide alimentaire peut contribuer à diminuer la pression, mais elle n'apporte pas de solution à long terme. L'augmentation de la productivité agricole ne constitue pas, non plus, une solution en soi. Pas plus que les projets en faveur d'une seconde révolution verte en Afrique ou l'importation de plantes génétiquement modifiées. La crise actuelle n'est pas provoquée par un manque absolu d'aliments ou par une productivité trop faible. Elle est générée par la poursuite de fausses priorités et u
Chaque pays doit pouvoir mener sa propre politique agricole. Photo: intal.ne chasse effrénée aux profits.
Pour résoudre la crise alimentaire, il faut rompre radicalement avec la stratégie néolibérale. Aucun pays n'a pu se développer sans se protéger des assauts du marché mondial. Les pays doivent avoir la possibilité de mener - dans l'intérêt de leur population - leur propre politique agricole. Dès lors, ils doivent pouvoir protéger leurs marchés des importations. Ils doivent aussi être autorisés à constituer et à gérer des stocks de nourriture afin d'être moins vulnérables face à la spéculation et aux fluctuations des prix mondiaux. Au lieu de les contraindre à produire pour l'exportation, il faut les pousser à cultiver des produits qui seront écoulés sur les marchés locaux. Les petits fermiers doivent en outre avoir la possibilité de travailler leurs propres terres. Les principes de souveraineté alimentaire constituent le contrepoids idéal face à la rapacité du modèle néolibéral.
Agenda
- 13-03-2010Bruxelles10.00
- 20-03-2010Bruxelles20.30
- 05-04-2010Leuven - Bruxelles10.00
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