La guerre des mines en Equateur

L’Equateur, pays situé au Nord-Ouest de l’Amérique latine s'étend sur 256.370 km2. Ses dépôts aurifères, situés dans la cordillère du Condor sont parmi les plus importants au monde. Il possède aussi d'importantes réserves de cuivre et d’argent, enjeux d'un combat de longue haleine entre le peuple et le gouvernement.

Malheureusement dans ce pays, l’histoire se répète. Bien qu'elles aient impulsé de nombreux changements favorables à la population, les autorités ont aussi pris des décisions contradictoires en matière de développement durable et en ce qui concerne leurs relations avec les sociétés étrangères.

Le 26 avril 2009, au 2ème tour des élections, Rafael Correa, a été élu à la présidence de l'Equateur, avec plus de 56% des voix. il assume à nouveau cette fonction dans un pays qui connaît une situation économique assez complexe, avec des niveaux de pauvreté et d’exclusion sociale élevés. Lors de son premier mandat, son parti politique Alianza Pais (2007-2011) qui forme un gouvernement de gauche autoproclamé «Gouvernement de la Révolution Citoyenne» a réalisé de remarquables progrès dans des secteurs tels que la santé, l’éducation et le logement. L'Equateur est le premier pays au monde à avoir reconnu les droits inaliénables de la nature, dans sa nouvelle constitution. Il s'est pour ce faire largement inspiré de la philosophie du “bien vivre” qui préconise une cohabitation harmonieuse entre les individus et leur milieu en protégeant la biodiversité et les ressources naturelles de la biosphère.

Cependant, malgré ces grands acquis, la politique minière du gouvernement suscite une forte opposition. Cette résistance est menée par le Front des Femmes pour la Défense de la Pachamama (province de l'Azuay). Cette organisation, comme la Coordination Nationale pour la Défense de la Vie et de la Souveraineté font partie du Mouvement pour la Santé des Peuples – Amérique latine (MSPLA), le partenaire d'intal Outre-Atlantique. Les militants accusent le président de se vendre au secteur minier. Rafael Correa fait a en effet obtenu du Congrès l’approbation d’une loi qui permettrait à des entreprises canadiennes, notamment les sociétés Kinross, Iamgold Inc. et Corriente Resources Inc, d’exploiter les ressources minières du pays. Les opposants au projet demandent la suspension des concessions octroyées par le gouvernement. La mobilisation nationale a commencé en 2006. Elle s'est poursuivie en juin 2007, avril 2008 et janvier 2009.

Leur lutte les a conduits à faire appel à la Defensoría del Pueblo (bureau du Médiateur). Après avoir introduit une demande en novembre 2008, ils ont été convoqués ce 22 juillet 2009, à Quito, à la Audiencia Publica. Des représentants de chaque communauté concernée par le projet du président étaient présents. D'une part, ils ont dénoncé le maintien des concessions qui n’ont fait l’objet d'aucun débat préalable, violant ainsi la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) (1) et le droit constitutionnel des peuples et des minorités indigènes à être consultés. Ils ont également attiré l'attention sur le fait que la plupart des mines sont situées dans des zones naturelles protégées comportant d'importantes sources d’eau. D'autre part, ils ont pointé la brutalité des forces armées et de la police nationale lors des manifestations et la criminalisation de leur lutte. A l'heure actuelle cinq femmes membres du Front sont poursuivies au pénal pour “actes de terrorisme”.

Le peuple équatorien a approuvé la nouvelle constitution, proposée par le gouvernement de Rafael Correa. Ce texte a permis d'importantes avancées dans les domaines de la participation citoyenne, des droits collectifs et des droits de la nature. Pourtant aujourd'hui, il semble que ces acquis soient subordonnés aux intérêts de grands compagnies étrangères et au pouvoir qu’elles représentent.

(1) L'Equateur a ratifié ce texte. Il s'agit d'une convention relative aux droits des peuples indigènes et tribaux.