"L‘empowerment" pour le droit à la santé: Un thème actuel

Il y a 30 ans, sous l'égide de l'Unicef et de l'OMS une conférence cruciale sur la santé avait lieu dans la ville kazakh d'Alma-Ata, en ex-Union Soviétique. Les principes de cette conférence, repris dans « la Déclaration d'Alma-Ata » étaient novateurs. La santé y était définie comme un droit de l'Homme. Par ailleurs, le texte déclarait qu'une société ne pouvait offrir à sa population, toutes les chances de vivre en bonne santé, que si cette dernière connaissait une véritable justice sociale. Pour y parvenir, les rapports économiques internationaux devaient être modifiés afin de les rendre plus justes. Ces beaux principes, couchés sur le papier en 1978 restent d'une brûlante actualité.

Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter les récits de nos partenaires dans le Sud. Dans les bidonvilles de Manille, une mère, dont le nourrisson tousse, doit acheter six médicaments, alors qu'elle n'a rien pour nourrir sa famille. A Gaza, dont la population est assiégée et affamée par Israël, on ne parle presque plus de santé, ni de soins de santé. Dans l'hôpital Al Awda du HWC, partenaire d'intal en Palestine, le docteur Mona El-Farra travaille comme une acharnée avant que ne s'interrompe l'approvisionnement en électricité.

Alors que le processus de marchandisation des soins de santé s'accélère et que le fossé entre les riches et les pauvres se creuse, beaucoup de personnes continuent de s'engager en faveur du droit à la santé.

En 2000, des centaines de mouvements de bases et d'organisations populaires du Sud et du Nord ont décidé de s'unir pour former un réseau mondial pour le droit à la santé, "le People's Health Movement". Intal a rejoint ce réseau.

C'est entre autre grâce à l'implication de tous ces groupes que les idées de Alma-Ata, émises il y a trente ans sont restées vivaces et que certaines ont été concrétisées. Il semblerait même que plusieurs d'entre elles se retrouvent à l'ordre du jour de l'agenda international. Dans son dernier rapport sur la santé des enfants dans le monde, l'Unicef affirme que la mortalité infantile pourrait - dans un large mesure - être jugulée. Des experts précisent par ailleurs, que pour gagner ce combat, il est plus important de mobiliser les familles et les communautés que de distribuer des médicaments.

Le concept du droit à la santé gagne du terrain. Les Nations Unies ont depuis peu, un rapporteur spécial chargé de cette question. Il insiste constamment sur le fait qu'à eux seuls, de bons services médicaux ne suffisent pas à préserver la santé d'une population. Il faut avant tout que les personnes bénéficient de bonnes conditions de travail, d'habitations correctes, d'une alimentation saine, d'eau potable et d'un enseignement de qualité. Une commission de l'Organisation Mondiale de la Santé va quant à elle, beaucoup plus loin, en affirmant que des facteurs sociaux, comme le pouvoir d'achat ou l'appartenance sociale, influent sur l'état de santé des individus, mais agir sur les causes de la maladie n'est possible qu'avec l'aide d'une population organisée. "Power to the people", comme disait John Lennon.

Pour intal et ses partenaires dans le Sud, cet intérêt grandissant pour le droit à la santé et pour l' « empowerment » est un encouragement. Il s'agit d'un véritable stimulant qui nous pousse à continuer nos actions avec nos partenaires cubains, latino-américains, palestiniens, congolais et philippins. Ensemble, nous cherchons plus particulièrement à dénoncer et annihiler certains obstacles importants au droit à la santé.

Dans un monde à deux vitesses, nous pointons du doigt l'injustice sociale comme un des grands freins à la santé. Nous dénonçons aussi la répression dont sont victimes nos partenaires dans le Sud.

La guerre et l'occupation en Palestine, en Irak, au Liban ... sont les atteintes les plus criantes au droit à la santé. Depuis 5 ans, l'Irak vit sous le joug des Américains et de leurs alliés. Intal et Médecine pour le Tiers Monde ont mené une intense campagne pour dénoncer cette situation et ses désastreuses conséquences. Et, nous continuons. Ainsi le 16 mars prochain, nous voulons massivement participer à la Marche pour la Paix.

Finalement, nous souhaitons aussi dénoncer les freins au développement souverain des pays du Sud et soutenir toutes les bonnes alternatives. Nous pensons plus particulièrement à Cuba, au Venezuela, à la Bolivie, au Nicaragua et à l'Equateur soudés au sein de l'ALBA, un projet alternatif de collaboration internationale.

Avec des syndicats, des mutualités, des centres de santé, des ONG's et des enseignants, intal fait partie de la nouvelle Plate-forme d'Action pour la Santé et la Solidarité. Ce réseau veut lancer et soutenir une réflexion critique autour de la santé. Il souhaite aussi mener des actions ciblant plus particulièrement cinq thèmes: l'injustice sociale, inaccessibilité, la privatisation et la marchandisation des soins de santé, le prix des médicaments, l'importance des soins de première ligne et les conditions de travail dans le secteur de la santé.

A l'occasion du trentième annversaire d'Alma-Ata, cette plate-forme prépare un grand forum qui aura lieu le samedi 18 octobre 2008, à Bruxelles. Par ailleurs, les membres d'intal participent à la réalisation d'un petit documentaire « Sicko en Belgique ».

Au niveau international, nous voulons continuer à nous impliquer au sein du « People's Health Movement » et créer des liens avec sa branche latino-américaine. Cette dernière nous offre la possibilité de mener des campagnes communes et de nous livrer à d'intenses échanges de pratiques.

 

 
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