Dr Yousef Mousa (Gaza) : « Ne faites pas une affaire humanitaire d’une question politique ! »

Au cours de la guerre israélienne contre Gaza, voici exactement un an, nous avons eu régulièrement des contacts téléphoniques avec le Dr Yousef Mousa. Il habite dans la petite ville frontalière de Rafah et il est directeur de l’Union of Health Work Committees (UHWC).

Outre toute une série de centres et de programmes de santé, l’UHWC, une ONG palestinienne, gère l’hôpital d’Al Awda, à proximité du camp de réfugiés de Jabalia. En 2009, intal et Médecine pour le Tiers Monde ont collecté plus de 80.000 euros pour soutenir cette ONG.

En pleine guerre, le Dr Mousa, indigné, nous a fait le récit de l’attaque israélienne contre l’une de ses ambulances, attaque au cours de laquelle un des ambulanciers avait d’ailleurs perdu la vie. Mais le Dr Mousa a également insisté sur le fait que les Palestiniens ne hisseraient jamais le drapeau blanc.

Comment se porte la population de Gaza, aujourd’hui ? Et qu’en est-il de cette combativité ?
Dr Mousa. « On ne parle guère souvent de la vie des gens ordinaires à Gaza. Dans les médias internationaux, on nous présente à tort comme des terroristes ou, du moins, comme leurs sympathisants. Après les élections (qui ont mis le Hamas au pouvoir, NdlR), nous avons été sanctionnés collectivement par la communauté internationale, bien que ce soit cette dernière qui avait réclamé les élections. Mais savez-vous que plus de la moitié de la population de Gaza a moins de 18 ans ? Ces enfants ne sont même pas allés voter, mais ils sont quand même punis, pour le résultat de ces élections ! Ce que je trouve de remarquable, chez ces jeunes, c’est qu’ils sont animés d’une grande détermination et combativité, mais qu’ils ne sont animés ni par la colère ni par la haine. Tout ce qu’ils veulent, c’est la justice et la liberté. »
 

« Plus un sac de ciment ne peut entrer à Gaza ! »

Qu’est-ce qui a changé sur le terrain depuis la fin de la guerre de Gaza ?
Dr Mousa. « Absolument rien. Depuis le 18 janvier (date du cessez-le-feu, NdlR), il ne s’est tout simplement rien passé. Des 50.000 maisons et autres bâtiments qui ont été détruits ou endommagés – écoles, hôpitaux, institutions démocratiques tels les ministères – aucun n’a été reconstruit. Les Israéliens ne laissent même plus entrer un seul sac de ciment dans la bande de Gaza.
Ici, à Gaza, nous vivons dans une prison. Ou plus grave encore car, dans une prison en Belgique, vous êtes au moins assuré d’avoir trois repas par jour et, dans une certaine mesure, des soins médicaux. Pour bien des enfants de Gaza, ce n’est pas le cas. Ils sont punis sans jamais avoir commis le moindre mal ou délit. De même, l’impact psychologique de la guerre et de l’occupation reste important. »
 

Devez-vous toujours souffrir directement des actions militaires israéliennes ?
Dr Mousa. « Le survol des avions israéliens continue à provoquer cauchemars et troubles du sommeil chez nos enfants. Et toute la zone frontalière entre Gaza et Israël a été proclamée zone tampon par les Israéliens, c’est-à-dire un no man’s land. 30 % des terres cultivables de Gaza sont de ce fait devenues inaccessibles. Il y a toujours aujourd’hui des victimes directes de la guerre. La semaine dernière, deux personnes ont encore été tuées en marchant sur une bombe qui n’avait pas explosé, à proximité du camp de réfugiés de Bureij. »
 

Un ascenseur d’hôpital, est-ce une arme de destruction massive ?

Comment les Health Work Committees peuvent-ils faire leur boulot dans les circonstances et conditions actuelles ?

Dr Mousa. « C’est comme si nous travailleurs médicaux devaient travailler les mains dans le dos avec un bandeau sur les yeux : ils se débattent en permanence avec un manque de médicaments et de matériel médical, en raison du blocus de Gaza par Israël. À l’hôpital Al Awda, nous avions construit une nouvelle aile, avec deux salles d’opération, quatre unités de soins intensifs et 25 lits ordinaires. Un bâtiment de quatre étages, mais nous ne pouvons pas l’utiliser pour la stupide raison que les ascenseurs commandés sont restés retenus dans un port israélien. Dites-moi donc, allez, quel danger pourrait bien émaner d’un ascenseur d’hôpital ! Peut-être, aux yeux des Israéliens, s’agit-il d’une arme de destruction massive ? Vous vous rappelez qu’avec la dernière tranche de 50.000 euros que vous nous avez envoyée, nous voulions acheter un appareil d’échographie. Eh bien, nous ne l’avons reçu que la semaine dernière, plus de trois mois après l’avoir commandé. »

Dr Mousa, quel message voudriez-vous encore transmettre aux gens en Belgique ?

Dr Mousa. « Aidez la vérité à sortir de sorte qu’au sein de la communauté internationale, il y ait plus de compréhension à l’égard de la lutte du peuple palestinien. Nous ne voulons que des choses simples, vivre en liberté et avoir notre propre État indépendant, en conformité avec le droit international et les droits de l’homme.
Nous sommes déçus par le manque d’unité dans la direction palestinienne et entre les partis palestiniens. Nous sommes déçus par les pays arabes qui ne voient pas la cause palestinienne comme une priorité. Mais notre plus amère déception vient de la communauté internationale : il est tout bonnement honteux que celle-ci tolère la poursuite de l’occupation criminelle israélienne.
Le plus dangereux, ce sont les tentatives de faire une simple affaire humanitaire de cette question extrêmement politique. Je veux insister sur le fait que c’est une question à 100 % politique, qui remonte à la fondation de l’État d’Israël, en 1948. Il est grand temps de mettre un terme à l’injustice de l’occupation israélienne de la terre palestinienne. »
 

L’UHWC participe à la Gaza Freedom March

Du 27 décembre au 1er janvier aura lieu la Gaza Freedom March, la grande Marche internationale pour la liberté de Gaza. Plus de 1300 activistes internationaux – dont 60 Belges, parmi lesquels plusieurs membres d’intal – veulent atteindre Gaza en passant par l’Égypte.

Le Dr Yousef Mousa et l’UHWC sont étroitement concernés par les préparatifs du côté palestinien. L’UHWC a diffusé internationalement l’appel à exercer des pressions sur les autorités égyptiennes afin qu’elles autorisent la marche.

Le 30 décembre, toutes les ONG palestiniennes mobilisent pour une marche à partir du camp de réfugiés de Jabalia, à proximité du check-point Erez, à la frontière israélienne. L’UHWC se charge de l’encadrement médical de cette marche, avec trois ambulances et plusieurs équipes médicales. Si les manifestants internationaux peuvent entrer à Gaza, ils seront accueillis par deux ou trois dans des familles palestiniennes, entre autres par des collaborateurs de l’UHWC.