Au nom de l’OTAN

Carte blanche de Mario Franssen et de Ludo De Brabander paru dans De Standaard le 2 mai 2014


Ces derniers jours, Jens Franssen (De Standaard, 28 avril) et Alexander Mattelaer (De Standaard, 29 avril) ont plaidé pour des budgets militaires plus élevés, invoquant comme argument « l’agression russe ». Mais Ludo De Brabander et Mario Franssen se demandent : « Qui est vraiment l’agresseur dans la crise ukrainienne ? »


Ces dernières semaines, suite à la crise ukrainienne, les questions de défense sont revenues à l’avant de la scène. Certains parlent d’une nouvelle Guerre froide. L’angoisse est aussi gravée dans la tête de la population, suivie de plaidoyers en faveur de budgets de défense plus élevés.

L’agenda caché consiste à amener l’Europe à investir davantage dans le secteur militaire, pour le plus grand avantage de l’industrie de l’armement et pour renforcer l’OTAN dans ses ambitions géostratégiques mondiales. Nous accusons les Russes de disposer des troupes à la frontière ukrainienne et de mener une politique guerrière.

Nous entendons rarement comment les élargissements successifs de l’OTAN vers l’Europe orientale ont été perçus en Russie. La goutte de trop fut la promesse faite à la Géorgie et à l’Ukraine de devenir à terme membres de l’alliance militaire occidentale. Peu après la Guerre froide, cette même OTAN avait cependant remué ciel et terre pour convaincre la Russie qu’elle n’avait nulle intention de se nicher dans l’ancien domaine du Pacte de Varsovie. La décision de l’Alliance d’agrandir un bouclier antimissile a accru les tensions. Enfin, il y a la modernisation prévue des anciennes bombes atomiques B-61 sur le territoire européen, alors que le pendant de ces bombes qu’assurait le Pacte de Varsovie a été retiré d’Europe orientale depuis bien longtemps.

Il est frappant de constater à quel point on prend peu en compte ce ressenti dans le débat sur les questions de défense. On nous sert l’image d’une Russie agressive et expansionniste, alors que c’est précisément la politique atlantiste des décennies précédentes qui est expansionniste et agressive. A un point tel que nous avons réussi à saper la confiance en l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe). La raison d’être de cette structure était cependant l’établissement d’un dialogue et d’une compréhension réciproques. On a toutefois oublié de lui donner une véritable place dans le débat sur la sécurité en Europe.

Hypocrisie

En outre, un argument fréquemment entendu pour investir davantage dans la défense est que nos armées doivent pouvoir exécuter des interventions militaires pour préserver la stabilité dans le monde ou pour prévenir des violations des droits humains. Dans les faits, c’est exactement le contraire qui se produit. L’Afghanistan, l’Irak et la Libye se sont retrouvés pris dans une spirale de violence due directement à la manière dont nous avons agi militairement dans ces pays. En outre, nous sommes plutôt hypocrites dans notre conscience humanitaire, car nous n’aimons guère voir venir les réfugiés de ‘nos’ guerres. Les zones de conflits ont besoin d’investissements socio-économiques durables et d’une politique commerciale et agricole équitable, pas du cliquetis des armes. La coopération au développement est donc un secteur important. Mais des économies sont faites dans ce département, alors que les plaidoyers s’accumulent en faveur d’investissements accrus dans celui de la défense.

Priorités

Cela nous amène au dernier point. Notre statut de membre de l’OTAN et la Politique Européenne de Sécurité et de Défense nous obligent à investir de façon substantielle dans le secteur militaire. Une armée d’intervention coûte cher. On ne parle pas seulement de remplacer les F-16 car il y a aussi des listes de desideratas concernant la marine et la force terrestre. Si nous suivons le ministre de la Défense De Crem, nous devrons acheter quarante avions de combat particulièrement dispendieux. Il reçoit pour cela beaucoup d’audience au plan politique, mais il n’a aucune réponse à la question de savoir comment nous allons payer cela. L’actuel budget d’investissement de l’armée permettrait d’acheter un avion de combat et demi, si le choix se porte sur l’acquisition des F-35. Cet achat est absurde s’il est mis à la lumière des nombreux besoins sociaux. Avec l’argent des quarante F-35, nous pourrions plutôt construire 60 000 logements sociaux. Cela ne dépend donc que de la manière dont on détermine les priorités. Pour nous, le choix est déjà fait.

Cette carte blanche est paru le 2 mai 2014 dans De Standaard, la carte blanche de Jens Franssen le 28 avril et  d’Alexander Mattelaer le 29 avril.

 

Photo: intal.be

Traduit par: 
Grégory