Adhésion du Monténégro, l'OTAN bombe le torse en attendant de se trouver un nouvel ennemi.

Et il pourrait bien finir par y arriver . . .


Le 5 juin, le processus d’adhésion du Monténégro au traité de Washington s’achèvait et le pays est devenu le 29e état membre de l’alliance militaire. L’adhésion avait été votée le 28 avril, malgré un boycott de l’opposition et un rejet de la population.


 Le gouvernement avait refusé d’organiser un référendum sur la question. L’adhésion à l’alliance est un sujet très sensible alors que la population a encore en mémoire les bombardements, parfois à l’uranium appauvri, menés par l’OTAN dans les années 90 sur le pays.

De la guerre des Balkans à l’indépendance

Pour bien comprendre l’enjeu de cette adhésion, revenons rapidement sur l’histoire récente de ce petit pays de moins de 700 000 habitants.

Après la seconde guerre mondiale, le Monténégro fait partie de la République fédérative socialiste de Yougoslavie, jusqu'à son éclatement pendant les années 90.

Dirigée par le maréchal Tito jusqu’en 1980, la République rompit dès 1948 avec l’URSS et fut un des membres fondateurs du mouvement des non-alignés avec l’Egypte de Nasser et l’Inde de Nehru. Elle suivit une ligne politique neutre pendant toute la guerre froide. 

Après la mort du maréchal Tito, les tensions ethniques et nationalistes refont surface. C'est à la chute de l'URSS et à la fin de la guerre que la situation finit par exploser : au début des années 90, suite aux déclarations d’indépendance successives de la Slovénie, de la Croatie, de la Macédoine et de la Bosnie-Herzégovine, immédiatement reconnues par les pays d’Europe de l’ouest, la République se disloque peu à peu et la région finit plongée dans une série de conflits meurtriers. La Serbie, qui s’opposait à ces prises d’indépendance forme alors la République Fédérale de Yougoslavie avec le Monténégro en 1992 et entre en guerre avec la Bosnie-Herzégovine. L’ONU, appuyée militairement par l’OTAN, intervient et le conflit est résolu par les Accords de Dayton qui amènent une partition de la Bosnie-Herzégovine.

Peu de temps après, des tensions se font également plus fortes au Kosovo qui était jusqu’alors une région serbe. L'UCK, un mouvement séparatiste radicale né en 1996 et suspecté de s’être financé, notamment, grâce au trafic de drogue en direction de l’Europe de l’ouest, réclame l’indépendance du Kosovo et mène des actions violentes contre l’armée régulière et la police et contre la population serbe du Kosovo ou contre les Albanais fidèles au gouvernement Yougoslave. 

 Troupe de l'Uçk

L’OTAN intervient de nouveau mais en se passant cette fois de l’avis de l’ONU, et se lance dans une opération de bombardement de la République fédérale de Yougoslavie de 78 jours en soutien à ce qu'elle considére comme un mouvement de libération. Entre 100 et 150 bombes sont larguées chaque jour sur le pays. Comme en Irak, des munitions à l’uranium appauvri sont utilisées, provocant aujourd’hui encore de graves problèmes santé dans la population. Finalement, Slobodan Milosevic est forcé de se retirer du Kosovo qui passe sous l’administration des Nations-Unies jusqu’à son indépendance en 2008.

Une force de l’OTAN, la KFOR s’installe dès juin 1999 au Kosovo afin d’assurer la protection de la population. Tache dont elle s’acquitte difficilement, 200 000 serbes ont ainsi été expulsés dans les premiers mois qui ont suivi le cessez-le-feu. Des milliers d’autres le seront par la suite. Elle y est toujours aujourd’hui malgré une diminution constante de ses effectifs. À noter que les États-Unis n’ont jamais participé à cette opération, estimant qu’ils avaient fait leur part lors des bombardements. 

La guerre finie, des soulèvements populaires initiés en 1998 reprennent. Finalement, la « Révolution des Bulldozers » chasse Slobodan Milosevic du pouvoir en 2000 et le pays est renommé Serbie-et-Monténégro en 2003. Cette révolution est menée par le mouvement Otpor (« résistance » en serbe) né en 1998 à l’initiative d’étudiants belgradois réclamant plus de démocratie. Largement soutenue par des organisations étrangères comme le National Endowment for Democracy, la Freedom House et des personnalités internationales comme le philanthrope milliardaire George Soros ou la secrétaire d'État des États-Unis Madeleine Albright, elle est considérée comme le modèle des révolutions colorées qui traverseront les ex-Républiques soviétiques comme la Révolution Orange Ukrainienne de 2004. Le Monténégro devient finalement indépendant en 2006. Deux ans plus tard, le pays dépose officiellement sa candidature pour rentrer dans l’Union Européenne. L’année suivante, des pourparlers débutent avec l’OTAN suite à une invitation de celle-ci à rejoindre l’alliance.

Entre violences et corruption

L’histoire récente de ce pays est donc parsemée de violences et d’ingérences étrangères, dans lesquelles l’OTAN a joué un rôle de premier plan.

Aujourd’hui, le Monténégro est une République parlementaire gangrénée par la corruption et où le pouvoir change difficilement de main depuis la fin de la guerre froide. Le Premier Ministre actuel et ancien chef de la police secrète Duško Marković ne vous est sans doute pas inconnu : il est l’homme bousculé par Donald Trump lors de la séance photo réalisée au sommet de l’OTAN qui s’est tenu à Bruxelles le 25 mai, la vidéo a fait le tour des réseaux sociaux. Il remplace depuis peu Milo Đukanović entré dans le gouvernement en 1991 et écarté car empêtré dans des scandales de corruption, des relations présumées avec la mafia italienne et pour avoir omis de transmettre des informations dans le cadre du meurtre d’un journaliste. Il fut successivement Premier ministre (1991-1998), président de la République (1998-2002), puis de nouveau Premier ministre (2003-2006, 2008-2010 et 2012-2016).

La liberté de la presse n’est pas respectée et le pays est classé 104e par Reporters sans frontière, au même rang que le Niger. Les journalistes sont régulièrement la cible d’agression ou même de tentatives d’assassinat. Les médias indépendants du pays sont mis sous pression. Par exemple, Jovo Martinović, un journaliste d’investigation emprisonné depuis le 22 octobre 2015, est en procès sous l’accusation de trafic de drogue, sujet sur lequel il enquêtait. Des accusations démenties par toutes les organisations de la société civile monténégrine qui y voient une volonté de muselé toute critique du pouvoir en place.

L’OTAN bombe le torse

Alors, quel peut être l’intérêt de l’OTAN à intégrer un pays comme le Monténégro ? Le gain en termes de capacité militaire est nul, l’armée monténégrine étant composée de 2000 hommes. Il y a donc actuellement plus du double de troupes de l’OTAN au Kosovo que de soldats au Monténégro. Cette intégration permet bien sûr à l’OTAN de contrôler la quasi totalité de la mer Adriatique mais c'est un bien faible avantage.

Cette adhésion s’inscrit avant tout dans le projet d’expansion de l’OTAN vers l’Est débuté dès la fin de la guerre froide. En effet, la dislocation de l’URSS a vu la disparition de son ennemi déclaré et donc de sa légitimité. Sans adversaire à sa taille, l’alliance a dû se trouver une nouvelle raison d’être et, dans un premier temps, « exporter ses valeurs », entendez par là faire entrer d’anciens pays soviétiques dans sa zone d’influence et les ouvrir au libre-échange, fut sa première reconversion. Cette intégration permet donc d’une part de continuer à justifier l’existence de l’OTAN et permet également une démonstration de force du camp atlantiste qui prouve ainsi qu’il a toujours la capacité de rallier d’autres pays.

Évidemment, la Russie voit cet élargissement comme une énième provocation qui fait suite à l'expansion continue de l'alliance, le développement d’un bouclier anti-missile en Roumanie et en Pologne ainsi que le déploiement de troupes dans les pays baltes, à sa frontière. Cette adhésion continue donc à faire monter les tensions avec la Russie, ce qui est assez paradoxal pour une alliance censée assurer la stabilité et la sécurité de ses membres !

Si on rajoute à cela les rappels incessants aux membres de l'alliance d'augmenter leurs budgets militaires (dans le total avoisine pourtant les 1000 milliards de dollars actuellement !), les déclarations hostiles proferées envers la Russie ainsi que les menaces du meneur étasunien à l'encontre de la Corée du Nord et de l'Iran, il y a de quoi être très inquiet pour l'avenir !

Nous voulons que notre gouvernement fasse le choix de la Paix. Or, la Paix, ce n’est pas seulement l’absence de guerre, c’est un processus continu de construction basé sur la justice, le partage et la coopération. C’est pourquoi nous demandons que notre pays quitte l’OTAN. Cette alliance menée par les États-Unis perpétue une logique de confrontation et entraine ses membres dans des conflits meurtriers, illégaux et illégitimes en piétinant le droit international. L’OTAN doit être dissoute !

Yes to Peace ! No to Nato !

Rejoindre intal ? C'est facile

 

La lutte continue pour un monde plus juste ! Et notamment contre l'OTAN et ses interventions. intal est un mouvement de bénévoles, de membres. Vous voulez nous rejoindre ? C'est facile. Voici plus d'infos pour devenir membre ou nous soutenir. Ensemble nous pouvons changer des choses ! Contactez info@intal.be ou 02/2092350.